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Pourquoi ne peut-on pas retenir son souffle une minute ?
― Ce n'est pas l'oxygène qui crée la sensation de suffocation

Quand on retient son souffle, la poitrine devient peu à peu oppressée, jusqu'à devenir insupportable. Beaucoup pensent que c'est parce que l'oxygène vient à manquer. Pourtant, à ce moment-là, il reste encore plus de 80 % de l'oxygène du corps. La vraie cause de cette gêne, c'est le dioxyde de carbone qui s'accumule faute de pouvoir sortir. Et cette confusion peut coûter la vie dans l'eau.

Publié le : 18.09.2026 Difficulté : ★☆☆ (aucun prérequis nécessaire) Les formules n'apparaissent que dans le dernier volet dépliable
Imaginez d'abord cette scène

Enfant, avez-vous déjà fait un concours avec des amis pour voir qui pouvait retenir son souffle le plus longtemps ?

Passé les 30 secondes, la poitrine commence à s'agiter et le fond de la gorge se met à bouger tout seul. Avant même d'atteindre une minute, la plupart des gens reprennent leur respiration.

Mais à ce moment-là, l'oxygène était-il vraiment épuisé ? En réalité, il en reste énormément.

Le corps ne surveille que deux choses

1
L'oxygène en réserve est plus abondant qu'on ne le pense

Les poumons et le sang contiennent une réserve d'oxygène qui suffit pour plusieurs minutes au repos. En retenant son souffle une minute, on n'en consomme presque rien. Le manque d'oxygène n'a donc pas encore lieu.

2
Le dioxyde de carbone, lui, n'a plus d'issue et s'accumule d'un coup

Le corps continue de produire du dioxyde de carbone même au repos. En retenant son souffle, la sortie se bouche et il s'accumule dans le sang. Le cerveau surveille ce niveau d'accumulation et déclenche la sensation de gêne.

Autrement dit, la gêne n'est pas une alerte de panne sèche, mais une alerte de débordement des déchets. Voyons ces deux points dans l'ordre.

L'oxygène diminue à peine en une minute

Le corps d'un adulte stockerait, en comptant l'air des poumons et celui dissous dans le sang, plus d'un litre d'oxygène. Or, au repos assis, le corps consomme environ 0,25 litre d'oxygène par minute.

Une simple division montre qu'il reste plusieurs minutes de marge. En effet, même après une minute d'apnée, plus de 80 % de la réserve subsiste. Et pourtant, nous ne tenons pas une minute.

La figure 1 résume cette évolution dans le temps. Comparez la ligne qui descend et celle qui monte.

Ce qui se passe dans le corps pendant 1 minute d'apnée 0 s 30 s 60 s Temps depuis l'apnée → Ligne du haut : oxygène (baisse à peine) Ligne du bas : CO2 accumulé Pointillé : limite de tolérance Ici : sensation "impossible de tenir"
Figure 1 : une minute d'apnée. La ligne du haut, qui descend doucement, représente l'oxygène ; celle du bas, qui monte vite, le dioxyde de carbone. C'est le niveau de dioxyde de carbone, et non le manque d'oxygène, qui atteint le premier la « limite de tolérance » marquée en pointillé.

Le dioxyde de carbone rend le sang légèrement acide

Le corps brûle ce qu'il mange pour en tirer de l'énergie. Cette réaction produit toujours du dioxyde de carbone. Même en apnée, cette production ne s'arrête pas.

Le dioxyde de carbone accumulé se dissout dans l'eau du sang et forme de l'acide carbonique. Cet acide, bien que faible, fait pencher le sang légèrement vers l'acidité. Des cellules sentinelles situées à la base du cerveau détectent ce basculement avec une extrême sensibilité.

Elles émettent alors un ordre : « expirer immédiatement ». La sensation d'oppression dans la poitrine, ou celle de la gorge qui bouge toute seule, ne sont rien d'autre que cet ordre en action. On considère aussi que ce n'est pas le taux d'oxygène, mais bien la concentration de dioxyde de carbone, qui règle habituellement le rythme de la respiration.

💡 Il existe aussi des sentinelles de l'oxygène. Mais elles interviennent plus tard

À l'endroit où les grosses artères du cou se divisent se trouvent également des sentinelles sensibles au manque d'oxygène. Mais celles-ci n'entrent fortement en action qu'après une baisse importante de l'oxygène. C'est leur travail qui accélère la respiration en haute montagne. Dans la vie quotidienne, ce sont les sentinelles du dioxyde de carbone qui réagissent bien avant.

Cette confusion devient dangereuse dans l'eau

Voici le point le plus important. Certaines personnes respirent volontairement plusieurs fois, profondément et vite, avant de retenir leur souffle. Une croyance répandue veut que cela permette de plonger plus longtemps.

Il est vrai que l'on peut retenir son souffle plus longtemps ainsi. Mais ce n'est pas parce que l'oxygène a augmenté. Cette respiration profonde et rapide chasse surtout le dioxyde de carbone ; la réserve d'oxygène, elle, n'augmente quasiment pas.

Résultat : seule l'alarme qui signale la gêne cesse de sonner. Comme le montre la figure 2, l'oxygène vient à manquer avant même que le dioxyde de carbone n'atteigne sa limite. Et la personne peut alors perdre connaissance dans l'eau, sans avoir ressenti aucune gêne.

Gauche : apnée normale/Droite : apnée après respiration profonde et rapide Gauche : apnée normale Limite de gêne CO2 (monte) Atteinte en premier O2 (encore suffisant) Droite : après respiration profonde Limite de gêne Part d'un niveau bas N'atteint pas L'O2 s'épuise en premier Ici : perte de connaissance L'axe horizontal représente, des deux côtés, le temps écoulé depuis le début de l'apnée (plus on va à droite, plus il est long).
Figure 2 : comparaison gauche-droite. À gauche, cas normal : la ligne du dioxyde de carbone atteint la première le pointillé de la « limite de gêne », ce qui permet de reprendre sa respiration spontanément. À droite, après une respiration profonde et rapide : la ligne du dioxyde de carbone part d'un niveau bas et n'atteint pas le pointillé, si bien que la ligne descendante de l'oxygène devient dangereuse en premier.

Alors, que faire ?

✅ Trois règles à transmettre, même aux enfants, près de l'eau
  1. Ne pas jouer à retenir longtemps son souffle dans l'eauSur terre, même en cas d'évanouissement, on ne fait que tomber. Dans l'eau, c'est tout autre chose
  2. Ne pas respirer plusieurs fois profondément et vite avant de plongerCela ne fait qu'effacer le signal de gêne, sans augmenter l'oxygène
  3. Ne pas faire de concours entre amis pour voir qui plonge le plus longtempsUne personne qui coule en silence ne se débat pas. L'entourage a du mal à s'en rendre compte
⚠ Si vous trouvez une personne immobile dans l'eau

Appelez d'abord fortement à l'aide et prévenez les secours (en France, le 112 ou le 18/15). Ne vous jetez pas vous-même à l'eau. Chaque année, des accidents surviennent où le sauveteur se met lui aussi en danger. Si vous n'êtes pas à portée de main depuis la rive, jetez d'abord un objet flottant (bouteille en plastique, glacière, bouée...). Ne vous approchez pas des zones à fort courant ou profondes, et suivez les consignes des maîtres-nageurs ou des pompiers.

En résumé

La gêne ressentie en retenant son souffle n'est pas le signal d'un manque d'oxygène. C'est le dioxyde de carbone, incapable de sortir, qui fait légèrement pencher le sang vers l'acidité ; le cerveau le détecte et déclenche cette alarme. C'est pourquoi il est possible de faire taire l'alarme avant tout le reste. Une alarme éteinte ne signifie pas que le danger a disparu.

La gêne n'est pas le signal d'une panne d'oxygène.
C'est le signal d'un débordement de « déchets » : le dioxyde de carbone.

Sur le thème des gaz dans le corps, vous pouvez aussi lire Pourquoi les baleines peuvent-elles plonger une heure, alors que l'humain ne peut remonter que lentement ? ou Pourquoi le mal des montagnes survient-il simplement en prenant de l'altitude ?, pour mieux saisir l'ensemble du mécanisme de la respiration.

🧪 Vérifiez par vous-même (toujours assis, sur la terre ferme)
  1. Asseyez-vous, expirez normalement, puis retenez votre souffle, et comptez les secondes jusqu'à la gêne. Ce sera probablement entre 30 et 60 secondes.
  2. Reposez-vous environ 1 minute. Refaites l'essai en bougeant légèrement bras et jambes. Le temps change à peine. La gêne dépend de l'état du sang, pas des muscles.
  3. Reposez-vous à nouveau. Enfin, inspirez profondément avant de retenir votre souffle. Même si l'air des poumons a augmenté, le temps gagné ne dépasse guère quelques dizaines de secondes. On sent bien qu'ajouter de l'oxygène n'allonge que très peu le temps.

Ne tentez jamais l'expérience consistant à respirer plusieurs fois profondément et vite avant de retenir son souffle. Même sur terre, on peut s'évanouir et tomber. Les personnes en mauvaise condition physique ou souffrant d'une maladie cardiaque ou pulmonaire ne doivent pas du tout procéder à cette observation.

Pour aller plus loin ― vocabulaire, formules et liens avec les manuels scolairesDu collège à l'université, le niveau de chaque partie est indiqué explicitement
Comment lire les étiquettes ci-dessous
  • CollègeNiveau des sciences au collège
  • LycéeNiveau du tronc commun lycée (biologie/chimie de base)
  • Lycée +Contenu d'approfondissement au lycée, ou encadré des manuels
  • UniversitéContenu non enseigné au lycée, propre aux filières universitaires (physiologie, biochimie)
  • RechercheSujet non encore établi comme « acquis » même à l'université, activement étudié par les chercheurs

CollègeVocabulaire : ce phénomène porte un nom

CollègeLycéeVérification par le calcul : combien d'oxygène reste-t-il après une minute d'apnée ?

L'idée reçue « gêne = manque d'oxygène » peut être vérifiée par une simple soustraction. Voici la signification des symboles utilisés. Les unités sont uniquement le litre (volume) et la minute (temps).

Signification des symboles et unités
VVolume d'oxygène stocké dans le corps. Unité : litre
RVolume d'oxygène consommé par le corps par minute. Unité : litre par minute
TDurée de l'apnée. Unité : minute
① Valeurs de départ
Oxygène stocké dans les poumons et le sang Venviron 1,5 litre
Oxygène consommé par minute au repos Renviron 0,25 litre par minute
Durée habituelle d'apnée Tenviron 1 minute
② Le calcul
Oxygène consommé en 1 minute0,25 × 1 = 0,25
Oxygène restant après 1 minute1,5 - 0,25 = 1,25
Proportion restante1,25 ÷ 1,5 ≒ 0,83
Temps avant épuisement total de la réserve1,5 ÷ 0,25 = 6

Après une minute, il reste encore plus de 80 % de l'oxygène. Un simple calcul donne une marge théorique de 6 minutes. Pourtant, on abandonne au bout d'une minute : la cause de la gêne n'est donc clairement pas l'oxygène. Notons que ceci n'est qu'une estimation au repos assis ; en mouvement, la consommation peut être plusieurs fois supérieure.

LycéeLycée +Pourquoi le dioxyde de carbone agit-il plus « vite » ?

LycéeL'oxygène se lie solidement à l'hémoglobine des globules rouges pour être transporté. Le sang peut ainsi en stocker une grande quantité. Le dioxyde de carbone, lui, se dissout en grande partie dans l'eau sous forme d'acide carbonique, puis se sépare en ions hydrogène et ions hydrogénocarbonate pour être transporté.

Lycée +Les ions hydrogène ainsi libérés influencent directement le degré d'acidité du sang. Cette acidité est normalement maintenue dans une plage extrêmement étroite. La moindre variation représente donc, pour le corps, un signal d'anomalie majeur. Quant à l'oxygène, même quand sa réserve baisse de près de moitié, la quantité livrée aux tissus ne diminue guère, grâce aux propriétés de l'hémoglobine. C'est aussi pour cela qu'on le ressent moins.

UniversitéC'est une sentinelle à la base du cerveau qui règle la respiration

À la base du cerveau se trouvent des chémorécepteurs centraux qui détectent l'acidité du liquide environnant. Le dioxyde de carbone, très soluble dans les graisses, traverse rapidement la barrière protectrice du cerveau. Une fois passé, il se transforme en acide carbonique et acidifie son environnement. Les récepteurs détectent ce changement et déclenchent un ordre pour renforcer la respiration. Les chémorécepteurs périphériques, situés à la bifurcation des artères du cou, réagissent au manque d'oxygène, mais n'entrent fortement en action qu'après une baisse importante de celui-ci. Ce double dispositif joue habituellement en faveur de la sécurité. La respiration profonde et rapide peut être vue comme un moyen d'endormir uniquement la sentinelle placée en second rang.

RechercheCe qui n'est pas encore parfaitement compris

Autrement dit, le contenu de cet article reflète « ce que l'on comprend aujourd'hui ». En revanche, le danger des jeux d'apnée dans l'eau est, lui, déjà démontré par de nombreux accidents connus.

Liens avec les manuels scolaires (par niveau)

NiveauMatière / unitéOù dans cet article
CollègeSciences・Respiration et circulation sanguineL'échange entre oxygène et dioxyde de carbone
LycéeBiologie de base・Maintien du milieu intérieur/Chimie de base・Acides et basesLa transformation du CO2 en acide carbonique et l'acidification du sang
Lycée +Biologie・Liaison de l'hémoglobine à l'oxygènePourquoi on sent peu la baisse d'oxygène
UniversitéPhysiologie・Régulation respiratoire/Équilibre acido-basiqueRépartition des rôles entre chémorécepteurs centraux et périphériques
RecherchePhysiologie respiratoire・Neurosciences de la perceptionLa formation de la sensation de manque d'air
Lien avec la vie quotidienneÉviter les jeux d'apnée près de l'eau, ne pas plonger pour porter secours
Références et sources
  1. Croix-Rouge japonaise, « Sécurité et prévention des accidents aquatiques » (日本赤十字社「安全法・水の事故の防止」)
  2. Agence de gestion des incendies et catastrophes du Japon (総務省消防庁) — documents d'information sur les secours et accidents aquatiques
  3. Guyton & Hall, Textbook of Medical Physiology, chapitre sur la régulation de la respiration (chémorécepteurs et régulation respiratoire par le dioxyde de carbone)
  4. Honma Ken.ichi (dir.), Standard Physiology (『標準生理学』), chapitre sur la régulation respiratoire et l'équilibre acido-basique
  5. Conseil japonais de réanimation (日本蘇生協議会), Guide des techniques de réanimation d'urgence (『救急蘇生法の指針』) — prise en charge et procédure d'alerte en cas d'accident aquatique

※Cet article est une vulgarisation scientifique à destination du grand public. Les valeurs indiquées sont des repères et des approximations destinés à faciliter la compréhension des mécanismes. Pour la prévention des accidents aquatiques et les procédures de secours, suivez les consignes des pompiers, des collectivités locales et des maîtres-nageurs. Les personnes ayant des inquiétudes concernant leur état de santé ne doivent pas réaliser les observations décrites dans cet article.