Mystères de la nature Astronomie et espace Aucun prérequis Lecture : environ 6 min

Si les astronautes flottent dans la station spatiale,
est-ce vraiment parce qu'il n'y a plus de gravité ? ― À 400 km, 90 % de la gravité terrestre s'applique encore : ils ne font que tomber sans cesse

On entend souvent dire « c'est l'apesanteur ». Pourtant, même à l'altitude où vole la Station spatiale internationale, la gravité conserve environ 90 % de sa force au sol. Les astronautes n'ont pas échappé à la gravité. C'est toute la station, avec eux, qui tombe indéfiniment.

Publié le : 16/09/2026 Difficulté : ★☆☆ (aucun prérequis nécessaire) Les formules n'apparaissent que dans le volet dépliable final
Imaginez d'abord cette scène

Une retransmission depuis la Station spatiale internationale. Un astronaute pose délicatement une bulle d'eau en suspension dans l'air, et celle-ci flotte en tournant lentement. La voix off annonce : « Nous sommes en apesanteur. »

Réfléchissons un instant. La station vole à environ 400 kilomètres d'altitude. C'est à peu près la distance à vol d'oiseau entre Tokyo et Osaka.

Est-ce qu'une telle altitude suffit à faire disparaître la gravité terrestre ? Le rayon de la Terre, lui, mesure tout de même environ 6371 kilomètres.

La réponse tient en deux points

1
La gravité n'a presque pas diminué

La gravité faiblit avec la distance, mais ce qui compte, c'est la « distance depuis le centre de la Terre ». Monter de 400 kilomètres n'augmente cette distance que d'environ 6 %, et la gravité reste à près de 90 % de sa valeur au sol.

2
Ils ne flottent pas, ils tombent

La station, les astronautes à l'intérieur et la bulle d'eau tombent tous vers la Terre exactement à la même vitesse. Or des objets qui tombent de la même façon ne se poussent ni ne se soutiennent mutuellement. C'est pour cela qu'on ne ressent plus son poids.

Autrement dit, ce n'est pas que « la gravité a disparu », c'est qu'il n'y a plus rien pour la ressentir. Vérifions d'abord le premier point avec des chiffres.

À 400 kilomètres d'altitude, de combien la gravité faiblit-elle ?

La force de gravité diminue en proportion inverse du carré de la distance au centre de la Terre. Si la distance double, la force est divisée par 4 ; si elle triple, par 9.

Le point important, c'est que cette distance se mesure depuis le centre de la Terre, pas depuis le sol. Le rayon terrestre vaut environ 6371 kilomètres. En y ajoutant 400 kilomètres, on obtient 6771 kilomètres, soit une hausse d'environ 6 % seulement. Même en l'élevant au carré, la gravité reste à environ 88 % de sa valeur au sol. En gros, 90 %.

La figure 1 représente, par la longueur de barres horizontales, la part de gravité restante à chaque altitude. La deuxième barre en partant du haut correspond à l'altitude de la station spatiale : elle est presque aussi longue que la première, celle du sol. Il faut atteindre 36 000 kilomètres, l'altitude des satellites de diffusion, pour que la gravité s'approche vraiment de zéro.

Part de gravité restante selon l'altitude (plus la barre est longue, plus la gravité est forte) Au sol (altitude 0) 9,8 400 km (Station spatiale internationale) 8,7 2000 km d'altitude 5,7 36 000 km (satellites de diffusion) 0,22 Les chiffres indiquent la force de gravité (m/s²). Les deux barres du haut sont presque identiques.
Figure 1 : force de gravité à différentes altitudes, représentée par la longueur des barres. La deuxième barre en partant du haut correspond à l'altitude de la station spatiale, presque aussi longue que celle du sol, tout en haut. Ce n'est qu'en arrivant à la barre la plus courte, en bas, que la gravité devient presque nulle.

Alors pourquoi la station ne retombe-t-elle pas ?

En réalité, elle tombe. À chaque instant, la Station spatiale internationale chute vers la Terre à une vitesse d'environ 4 mètres par seconde.

Si elle n'atteint jamais le sol, c'est parce qu'elle avance en même temps très vite à l'horizontale. Cette vitesse est d'environ 7,7 kilomètres par seconde. Pendant qu'elle parcourt ces 7,7 kilomètres à l'horizontale en une seconde, la surface courbe de la Terre s'éloigne vers le bas d'à peu près la même distance. La chute et l'éloignement du sol s'annulent exactement.

Sur la figure 2, à gauche : un objet simplement lâché. Il tombe tout droit et atteint le sol en quelques secondes. À droite : un objet lancé très vite à l'horizontale. Il tombe de la même façon, mais la courbure terrestre s'abaisse tout autant, si bien qu'il n'atteint jamais le sol. C'est exactement le principe d'une orbite.

Une chute identique, mais une destination différente Gauche : on lâche doucement Objet lâché Chute verticale Sol Atteint le sol en quelques secondes Droite : lancé très vite à l'horizontale Vitesse horizontale : environ 7,7 km/s Chute La Terre s'abaisse tout autant
Figure 2 : à gauche, un objet simplement lâché. Il suit la flèche verticale en pointillés jusqu'au sol. À droite, un objet lancé vite à l'horizontale. Il tombe de la même façon, selon la courte flèche verticale en pointillés, mais l'arc du bas (la surface terrestre) s'abaisse tout autant, si bien que la trajectoire en pointillés n'atteint jamais le sol.
💡 Le terme exact n'est pas « apesanteur due à l'absence de gravité », mais « micropesanteur »

Dans le milieu spécialisé, on distingue « état de non-pesanteur » ou « micropesanteur », car la gravité elle-même est bel et bien présente. Dans la station, de minuscules différences de gravité selon l'endroit, ou une infime résistance de l'air résiduel, empêchent d'atteindre un zéro parfait. D'où le terme « micro ».

💡 On peut recréer le même état au sol, pendant environ 20 secondes

En faisant voler un avion selon une trajectoire parabolique, la cabine reproduit les conditions de l'espace. Ce qu'on crée n'est pas « un endroit sans gravité », mais « 20 secondes pendant lesquelles tout tombe de la même façon ». Cette technique sert à l'entraînement et aux expériences en micropesanteur.

En résumé

Si les astronautes semblent flotter, ce n'est pas parce que la gravité a disparu. Elle s'exerce encore à environ 90 % de sa valeur au sol. Simplement, attirés par cette gravité, la station, les astronautes et la bulle d'eau tombent tous exactement à la même vitesse. Entre objets qui tombent de la même façon, aucune force de poussée ni de soutien ne peut apparaître. Ce que nous ressentons comme notre « poids » n'est en fait pas la gravité elle-même, mais la force que le sol exerce en retour sur notre corps.

Ils ne flottent pas : ils tombent.
Quand la chute est partagée par tous, le poids semble s'effacer.

L'idée que ce que le corps ressent n'est pas la gravité mais la force du sol est développée dans Pourquoi se sent-on soudain plus léger dans un ascenseur ?, l'intensité de l'attraction entre la Terre et la Lune est expliquée dans Pourquoi les marées montent-elles et descendent-elles deux fois par jour ?, et la combustion des objets qui retombent est abordée dans Quelle est la taille d'une étoile filante ?.

🧪 À vérifier chez vous : pendant la chute, le poids disparaît
  1. Percez un petit trou sur le côté d'un gobelet en papier avec un cure-dent. Bouchez le trou avec le doigt et remplissez le gobelet d'eau à moitié.
  2. Au-dessus de l'évier, retirez le doigt : un mince jet d'eau jaillit par le trou. C'est parce que l'eau du dessus pousse celle du dessous.
  3. Pendant que l'eau jaillit encore, lâchez délicatement le gobelet d'une hauteur d'environ 50 cm. Pendant la chute, on voit le jet s'arrêter (faites cela au-dessus d'une bassine).

L'eau du haut, l'eau du bas et le gobelet tombent tous exactement à la même vitesse, si bien que la force de pression mutuelle disparaît. Ce qui se produit dans la station spatiale, c'est exactement cela, mais en continu. Filmez avec un smartphone et repassez au ralenti pour bien le voir.

Pour aller plus loin ― vocabulaire, formules, liens avec les programmes scolairesDu collège jusqu'aux matières universitaires spécialisées, chaque niveau est indiqué
Comment lire les étiquettes qui suivent
  • Collègeniveau des sciences au collège
  • Lycéeniveau du programme de physique au lycée
  • Lycée+notion avancée du lycée, ou traitée en encadré dans les manuels
  • Universiténotion non enseignée au lycée, relevant de matières universitaires spécialisées (relativité générale, ingénierie spatiale)
  • Recherchesujet qui n'est pas encore enseigné comme « établi » même à l'université, et que les chercheurs étudient actuellement

CollègeVocabulaire : ce phénomène porte un nom

CollègeLycéeVérification par le calcul : quelle proportion de la gravité au sol reste-t-il à 400 km d'altitude ?

Un seul principe suffit pour répondre : la proportion inverse du carré de la distance. Pour finir, on vérifiera aussi que la distance de chute et la courbure terrestre s'équilibrent.

① Valeurs de départ
Rayon de la Terreenviron 6371 kilomètres
Altitude de la Station spatiale internationaleenviron 400 kilomètres
Force de gravité au solenviron 9,8 (mètres par seconde au carré)
Vitesse horizontale de la stationenviron 7,7 kilomètres par seconde
② Le calcul
Distance depuis le centre de la Terre (km)6371 + 400 = 6771
Rapport inverse des distances (sol = 1)6371 ÷ 6771 ≈ 0,941
Élever au carré (proportion inverse du carré)0,941 × 0,941 ≈ 0,885
Force de gravité à cette altitude9,8 × 0,885 ≈ 8,7

Face aux 9,8 du sol, on obtient 8,7. Soit environ 88 %, c'est-à-dire près de 90 %.

③ Se le représenter concrètement ― la chute contre l'éloignement de la Terre
Distance de chute en 1 seconde (mètres)8,7 ÷ 2 ≈ 4,4
Carré de la distance parcourue à l'horizontale en 1 s7,7 × 7,7 ≈ 59,3
Division par le diamètre terrestre 12742 (km)59,3 ÷ 12742 ≈ 0,00465
Conversion en mètres0,00465 × 1000 ≈ 4,7

En 1 seconde, on tombe de 4,4 mètres, pendant que la surface terrestre s'abaisse elle aussi de 4,7 mètres. Quasiment identique. D'où l'absence d'impact au sol. La troisième ligne provient de la formule approchée donnant l'abaissement de la surface courbe de la Terre en fonction de la distance parcourue à l'horizontale.

LycéeLycée+Que mesure-t-on vraiment quand on parle de « poids » ?

LycéeLa force de gravitation universelle est proportionnelle au produit des masses des deux corps et inversement proportionnelle au carré de la distance entre leurs centres. La signification des symboles figure dans le tableau ci-dessous. Un objet qui tourne en cercle a besoin d'une accélération dirigée vers le centre, rôle que joue ici la gravitation. Comme la masse du corps en orbite disparaît des deux côtés de l'équation, la vitesse nécessaire pour rester en orbite est la même, que le satellite soit lourd ou que l'astronaute soit léger. C'est pour cela qu'ils peuvent voler côte à côte.

SymboleSignification et unité
GConstante de gravitation universelle, commune à tous les corps
MMasse de la Terre (kilogrammes)
mMasse du corps en orbite (kilogrammes)
rDistance mesurée depuis le centre de la Terre (mètres)

Lycée+Ce que mesure un pèse-personne, ce n'est pas la gravité elle-même, mais la force que le pèse-personne exerce en retour sur le corps. Cette force de réaction s'appelle le « poids apparent ». Une personne en chute libre n'a pas de sol pour la repousser, donc son poids apparent est nul. La gravité est bien là, mais elle devient impossible à mesurer.

UniversitéAccélération et gravité : indiscernables de l'intérieur

Einstein a envisagé qu'une personne enfermée dans une boîte ne puisse pas déterminer, par des expériences menées uniquement à l'intérieur de cette boîte, si elle est « en chute libre » ou « flottant dans un espace sans gravité ». C'est le principe d'équivalence, point de départ de la relativité générale. L'intérieur de la station spatiale peut être vu comme l'incarnation concrète de ce principe.

Cette indiscernabilité ne vaut cependant que si la boîte est suffisamment petite. Si on l'agrandit, la gravité diffère légèrement entre le côté proche de la Terre et le côté éloigné, et deux objets à l'intérieur s'écartent lentement l'un de l'autre. Cette différence est la même force qui provoque les marées. La « micropesanteur » observée dans la station serait principalement due à cet effet.

RechercheCe qui reste mal compris

Autrement dit, le contenu de cet article reflète lui aussi « ce qu'on comprend à l'heure actuelle ». L'affaiblissement de la gravité et les calculs orbitaux sont bien établis, mais ce qui se passe dans le corps humain reste un domaine d'observation encore en construction.

Liens avec les programmes scolaires (par niveau)

NiveauMatière / unitéPartie de l'article concernée
CollègeSciences : forces et mouvement / gravitéLa première partie, sur l'affaiblissement de la gravité avec la distance
LycéePhysique : gravitation universelle et mouvement circulaireLe calcul de l'équilibre entre la chute et la courbure terrestre
Lycée+Physique : poids apparent / forces d'inertieCe que mesure réellement un pèse-personne
UniversitéRelativité générale / ingénierie spatialeLe principe d'équivalence et l'effet de la taille de la boîte
RechercheMédecine spatiale / science des matériauxPerte osseuse, déplacement des fluides, croissance de cristaux en micropesanteur
Lien avec la vie quotidienneLa sensation de légèreté ou de lourdeur ressentie dans un ascenseur ou une voiture qui démarre
Références et sources
  1. Observatoire astronomique national du Japon (éd.), Rika Nenpyō (annuaire scientifique japonais, 理科年表) — valeurs du rayon terrestre et de la gravité
  2. Agence japonaise d'exploration aérospatiale (JAXA), explication sur l'environnement en micropesanteur du module expérimental japonais « Kibō »
  3. L'expérience de pensée d'Isaac Newton, exposée dans ses écrits, consistant à lancer un objet à l'horizontale depuis une montagne élevée (connue sous le nom de « canon de Newton »)
  4. Manuel de physique du lycée, unité sur la gravitation universelle et le mouvement circulaire

※ Cet article est une vulgarisation scientifique destinée au grand public. Les valeurs indiquées sont des ordres de grandeur donnés pour faciliter la compréhension du phénomène. Réalisez l'expérience d'observation dans un endroit où les projections d'eau ne posent pas de problème.