💎 Science des minéraux 🌈 Comment fonctionne la lumière Aucun prérequis Lecture : environ 7 min

Pourquoi l’opale, une pierre, brille-t-elle de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ?
– Un jeu de lumière né d’un empilement de sphères invisibles

Avez-vous déjà vu une opale, à la bague de votre grand-mère ou dans la vitrine d’un bijoutier ? Le diamant et le rubis étincellent, mais leur couleur ne change pas. L’opale, elle, change : il suffit d’incliner la bague pour la voir passer du bleu au vert, puis à l’orange, comme si un arc-en-ciel était enfermé dans la pierre.

Publié le : 2026.08.21 Difficulté : ★☆☆ (lisible sans prérequis) Les formules n’apparaissent que dans la section repliable à la fin
Commençons par remarquer ce petit mystère

Dans la vitrine d’un bijoutier, inclinez doucement une bague en opale. Un endroit qui paraissait bleu-vert tout à l’heure devient orange, voire rouge, dès que l’angle change. C’est pourtant une seule et même pierre : sa couleur semble se transformer selon l’angle de vue.

Ce qui est étrange, c’est que l’opale ne contient aucun pigment d’une couleur précise. Sans pigment, la couleur change pourtant sans cesse. Comment est-ce possible ?

Cet éclat arc-en-ciel n’apparaît que si deux conditions sont réunies

1
Dans la pierre, des sphères de verre invisibles sont serrées les unes contre les autres

À l’intérieur d’une opale qui irise, on pense que de minuscules sphères de verre, de quelques centaines de nanomètres de diamètre et invisibles à l’œil nu, sont empilées avec régularité.

2
Quand la lumière frappe cet empilement, seules certaines couleurs se renforcent et reviennent vers l’œil

Quand la lumière touche ces couches régulières de sphères, les rayons réfléchis par chaque couche se superposent. Seule la couleur qui correspond exactement à l’espacement des sphères se renforce ; les autres s’annulent et disparaissent.

C’est quand ces deux conditions sont réunies que naît ce phénomène : voir de la couleur sans pigment. Voyons-les l’une après l’autre.

Raison 1 : des « sphères de verre » invisibles dans la pierre

La silice (dioxyde de silicium) qui forme l’opale n’est pas cristalline. On la décrit comme une matière amorphe, comme le verre. « Amorphe » veut dire que les atomes ne sont pas rangés avec régularité, contrairement à ceux d’un cristal.

Or, dans l’opale, ce verre amorphe prend la forme de petites sphères. Leur diamètre, à peu près uniforme, serait d’environ 150 à 400 nanomètres (un nanomètre est un milliardième de mètre). Ces sphères sont empilées régulièrement, sans vide entre elles. On pense qu’au fil de très longues années, une eau chargée de silice dissoute a été apportée peu à peu et a fait grossir des sphères de taille homogène.

Une opale dont les sphères sont ainsi rangées avec régularité s’appelle une opale précieuse (une opale à jeu de couleurs). Il existe aussi des opales dont les sphères varient en taille et en arrangement : on les appelle opales communes, et elles n’irisent pas.

Lumière incidente Couleur renforcée, réfléchie Pas d * Schéma simplifié pour mieux voir la structure
Figure 1 : schéma agrandi de l’intérieur d’une opale. Des sphères de silice de même taille sont rangées avec régularité, de haut en bas, sans vide. Leur espacement (d) fixe la couleur renforcée et réfléchie. Quand l’angle de vue change, la couleur qui remplit la condition de renforcement change aussi : la couleur semble donc se déplacer.

Raison 2 : l’« interférence » de la lumière dans cet empilement

Quand la lumière frappe ces couches régulières de sphères, les rayons réfléchis par chaque couche se superposent. Seules les couleurs dont les crêtes coïncident avec les crêtes, et les creux avec les creux, se renforcent (c’est ce qu’on appelle l’interférence). Les autres sont décalées et s’annulent. La couleur renforcée dépend de l’espacement des sphères et de l’angle sous lequel la lumière arrive.

Si l’on change l’angle de vue, la couleur qui remplit la condition de renforcement change elle aussi. C’est pourquoi l’opale change de couleur quand on l’incline. Dans le monde des gemmes, on appelle ce phénomène le jeu de couleurs (ou opalescence irisée).

Ce principe, où « un espacement régulier crée la couleur », existe aussi chez les êtres vivants. L’article sur le changement de couleur du caméléon décrit comment il modifie l’espacement de cristaux dans sa peau pour régler la couleur de la lumière réfléchie.

💡 Pourquoi l’« opale commune » n’a-t-elle pas ces reflets ?

Dans l’opale commune, on pense que les sphères varient en taille et en arrangement. Si l’espacement diffère d’une sphère à l’autre, la couleur réfléchie diffère aussi, et aucune couleur précise ne peut se renforcer d’un seul bloc. Les couleurs s’annulent alors, et la pierre paraît d’un blanc laiteux ou opaque, sans jeu de couleurs.

On retrouve le même mécanisme ailleurs

Ce que vous pouvez vérifier vous-même

🧪 Une observation en 30 secondes : la face d’un CD ou d’un DVD à la lumière
  1. Prenez un vieux CD ou DVD et exposez sa face gravée (celle qui paraît argentée) à la lumière d’un néon ou du soleil.
  2. En changeant l’angle, vous voyez des bandes de couleur arc-en-ciel se déplacer avec l’angle.

Sur la face d’un CD, des sillons invisibles à l’œil nu sont gravés en spirale régulière. On pense que leur arrangement fait changer la direction de réflexion de la lumière selon sa longueur d’onde. Le mécanisme détaillé diffère de celui des sphères de l’opale, mais « une structure fine et régulière crée la couleur sans pigment » : c’est le point commun.

En résumé

Si l’opale brille de toutes les couleurs, c’est parce que ① des sphères de verre invisibles sont rangées avec régularité, et ② la lumière qui frappe cet arrangement renforce seulement certaines couleurs avant de revenir : ces deux conditions sont réunies.

La couleur de l’opale n’est pas celle de la pierre elle-même.
C’est la lumière, et un arrangement trop petit pour être vu, qui la fabriquent à chaque fois, sous les yeux de l’observateur.

Pour aller plus loin – vocabulaire, formules et liens avec les manuelsDu collège aux sujets de recherche : le niveau de chaque passage est indiqué
Comment lire les étiquettes qui suivent
  • CollègeCe qu’on apprend en sciences au collège
  • LycéeCe qu’on apprend en « physique de base » au lycée
  • Lycée+La « physique » de lycée, ou des contenus d’approfondissement ou d’encadré des manuels
  • Univ.Matières spécialisées de l’université (cristallographie, physique de la matière condensée), hors programme du lycée
  • RechercheSujets que les chercheurs étudient en ce moment, non enseignés comme acquis même à l’université

CollègeVocabulaire : les mots autour de l’opale

CollègeLycéeVérifier par le calcul : comment la taille des sphères change la couleur

On lit que « l’espacement des sphères fixe la couleur », mais on ne sait pas de quel ordre de grandeur sont les écarts. Ici, un calcul donne des chiffres nets.

① D’abord, la formule elle-même

longueur d’onde renforcée ≒ 2 × espacement des sphères × indice de réfraction du milieu

Longueur d’onde renforcéeGrandeur qui fixe la couleur vue [nm]
Espacement des sphèresDiamètre approximatif des sphères de silice [nm]
Indice de réfraction du milieuEnviron 1,4 pour l’opale

C’est une formule approchée, valable quand on regarde de face. En réalité, l’angle de vue joue aussi, mais cette formule suffit à saisir que plus les sphères sont grosses, plus la longueur d’onde renforcée est grande.

② Mettons des valeurs et calculons
Espacement grand2 × 250 × 1,4 = 700 [nm]
Espacement petit2 × 180 × 1,4 = 504 [nm]

La lumière visible s’étend d’environ 400 (violet) à 700 (rouge) nanomètres. 700 nm est proche de l’extrémité rouge, et 504 nm correspond au vert. Quelques dizaines de nanomètres d’écart entre les sphères suffisent à faire passer la couleur vue du rouge au vert.

③ Ramener ce résultat à une échelle familière

250 nanomètres, c’est environ 300 fois moins que l’épaisseur d’un cheveu (environ 0,08 millimètre). Une petite différence de taille entre des sphères invisibles à l’œil nu suffit à décider de la couleur de toute la gemme.

Lycée+Univ.Pourquoi la couleur change avec l’angle (plus précisément)

La formule précédente était une approximation pour une vue de face. En réalité, l’angle de vue θ intervient aussi. Plus précisément, on utilise la relation mλ = 2d√(n² − sin²θ) (la condition de diffraction de Bragg appliquée à l’empilement de sphères). Ici, m est l’ordre du renforcement par interférence (en général 1), et n est l’indice de réfraction effectif, qui tient compte aussi de la matière qui remplit l’espace autour des sphères. Quand l’angle θ change, la valeur du membre de droite change, et la longueur d’onde renforcée λ change avec elle. C’est le secret du jeu de couleurs : la couleur change quand on incline la pierre.

Des observations au microscope électronique indiquent que cet empilement régulier est proche d’un réseau cubique à faces centrées. Un matériau dont la structure est périodique à l’échelle de la longueur d’onde de la lumière, et qui réfléchit ou transmet fortement certaines longueurs d’onde seulement, s’appelle un cristal photonique. L’opale en est considérée comme l’exemple naturel le plus représentatif.

RechercheCe qu’on ne comprend pas encore bien

Même les belles couleurs d’une vitrine de bijoutier restent, dans le détail de leur formation, un objet de recherche. Ce qui est familier n’est pas forcément ce qui est compris.

Liens avec les manuels (par niveau)

NiveauMatière et chapitreOù dans cet article
CollègeSciences : propriétés de la lumière (réflexion, réfraction)Arrangement des sphères, différence entre opale précieuse et opale commune
LycéePhysique de base : propriétés des ondesIdée de base de l’interférence, calcul longueur d’onde et couleur
Lycée+Physique : interférence et diffraction des ondes (approfondissement)Changement de couleur selon l’angle, condition de diffraction de Bragg
Univ.Physique de la matière condensée, cristallographie (cristaux photoniques)Réseau cubique à faces centrées, cristal photonique
RechercheMinéralogie, science des matériaux (non résolu)Auto-organisation des sphères de silice, limites des opales synthétiques, mécanisme du craquelage
Exemples du quotidienComparaison avec CD/DVD, papillon morpho, bulles de savon
Références et sources
  1. Sanders, J.V. (1964), Colour of Precious Opal, Nature 204, 1151–1153 (élucidation de la structure de l’opale au microscope électronique).
  2. Jones, J.B., Sanders, J.V. & Segnit, E.R. (1964), Structure of Opal, Nature 204, 990–991.
  3. Documents explicatifs sur la structure de l’opale et le jeu de couleurs, publiés notamment par le Gemological Institute of America (GIA).
  4. Exposés généraux sur l’interférence, la diffraction et la condition de Bragg dans les manuels d’optique.
  5. Documents de synthèse de science des matériaux sur les cristaux photoniques (opales artificielles, recherches appliquées sur la couleur structurelle).

* Les valeurs comme le diamètre des sphères ou l’indice de réfraction varient selon les échantillons et les sources. Cet article donne des repères couramment utilisés.

* Cet article est une vulgarisation scientifique destinée au grand public. Les valeurs relatives à la structure et à l’optique de l’opale varient selon les sources ; elles sont données comme repères pour comprendre le mécanisme.