Mystères du quotidien Fluides Aucun prérequis Lecture : 7 min

Pourquoi un seul côté du nez se bouche-t-il ?
― Le nez droit et le nez gauche se relaient toutes les quelques heures

Sans être enrhumé, on se retrouve parfois avec un seul côté du nez bouché. Puis, un peu plus tard, c'est l'autre côté qui se bouche. Ce n'est pas un dérèglement : c'est un « roulement » qui se joue, en ce moment même, dans le nez de la plupart des gens. Et il suffit d'un tout petit rétrécissement du passage pour que le flux d'air chute de façon spectaculaire.

Publié : 03/10/2026 Difficulté : ★☆☆ (aucun prérequis) Les formules n'apparaissent que dans le volet dépliable final
Imaginez d'abord cette scène

Le soir, allongé sur le côté dans son lit, on sent peu à peu le nez du côté couché se boucher.

En se retournant, le côté qui était bouché se dégage d'un coup, et c'est maintenant l'autre côté qui commence à se boucher.

Même en journée, si l'on bouche une narine avec le doigt et qu'on respire, on remarque souvent une nette différence de facilité entre les deux côtés. Que se passe-t-il donc dans le nez ?

Seulement deux raisons

1
La muqueuse, au fond du nez, gonfle en alternance

La paroi intérieure du nez porte une muqueuse qui peut se remplir de sang et gonfler comme une éponge. Le corps la fait gonfler puis se dégonfler, alternativement, à gauche et à droite.

2
Un léger rétrécissement suffit à réduire fortement l'air

La quantité d'air qui traverse un conduit est proportionnelle à l'« épaisseur » (le rayon) élevée à la puissance 4. Un rayon réduit de 20 % seulement fait chuter le débit à environ 40 %. D'où cette sensation de nez « bouché ».

Autrement dit, quand un côté du nez est bouché, le passage n'est pas complètement fermé. Un simple rétrécissement suffit, à cause de cette loi d'écoulement, à donner l'impression que « ça ne passe presque plus ». Voyons cela en détail.

Dans le nez, un « coussin » qui peut gonfler

Au fond de chaque narine se trouve un long passage étroit. Sur sa paroi extérieure se trouve un repli saillant, en forme de bourrelet. Sous la muqueuse qui recouvre ce repli se cache un réseau de petits vaisseaux sanguins capables de se remplir de sang. Quand le sang s'y accumule, la muqueuse gonfle ; quand il se retire, elle se dégonfle.

Ce remplissage en sang est contrôlé par des nerfs qu'on ne commande pas volontairement (le système nerveux autonome). Chez la plupart des gens, tandis qu'un côté gonfle, l'autre se dégonfle. Et après quelques heures, les rôles s'inversent. C'est ce qu'on appelle le « cycle nasal ». Selon certaines études, ce phénomène serait observable chez environ 70 % des adultes, avec une durée de cycle très variable d'une personne à l'autre, de 2 à 7 heures environ.

Regardez la figure 1. La facilité de passage de chaque côté monte et descend alternativement, comme une bascule. Mais la somme des deux côtés resterait, elle, à peu près constante. Pendant qu'un côté se repose, l'autre travaille davantage. C'est pourquoi, au quotidien, on ne ressent généralement pas de gêne respiratoire globale.

Facilité de passage des deux narines (schéma) Facilité de passage 0 2 4 6 8 Temps écoulé (heures) Somme des deux côtés (quasi constante) Narine droite (trait plein) Narine gauche (pointillés) Droite ouverte Gauche ouverte
Figure 1 : évolution de la facilité de passage des deux narines (schéma ; la durée du cycle varie de 2 à 7 heures selon les personnes ; ici, 4 heures). La narine droite (trait plein) et la narine gauche (pointillés) forment des vagues inversées : quand l'une monte, l'autre descend. La ligne du haut, somme des deux côtés, varie très peu.

Pourquoi un si léger gonflement bouche-t-il autant le nez ?

C'est ici qu'intervient une propriété de l'air et de l'eau qui s'écoulent dans un conduit étroit. Près de la paroi, l'air est freiné et avance très peu. Seule la partie centrale, loin de la paroi, peut s'écouler rapidement.

Quand le conduit se rétrécit, deux effets se cumulent : la « surface de passage diminue » et la « proportion freinée par la paroi augmente ». Le débit d'air qui en résulte est proportionnel au rayon élevé à la puissance 4. Si le rayon passe à 0,8 fois sa valeur, le débit devient environ 0,8 multiplié quatre fois par lui-même, soit environ 0,41 fois le débit initial. À moitié moins épais, il ne reste plus qu'un seizième du débit.

Essayez de déplacer le curseur de la figure 2. Un léger rétrécissement du passage bouché suffit à faire basculer la majeure partie de l'air vers le côté opposé. Comme les passages nasaux ne mesurent naturellement que quelques millimètres de large, la moindre enflure de la muqueuse produit un effet considérable.

Coupe du passage nasal (simplifiée) Passage d'air Côté dégagé Épaisseur 100 % Côté bouché Épaisseur 80 % Anneau rouge extérieur = muqueuse gonflée par le sang Part d'air qui passe Côté dégagé 71% Côté bouché 29% Le débit est proportionnel à l'épaisseur^4
Déplacez le curseur pour voir varier la part d'air de chaque côté
Figure 2 : coupe des deux passages nasaux représentés par des cercles. Le cercle de gauche est le côté dégagé, celui du milieu le côté bouché, l'anneau rouge extérieur représentant la muqueuse gonflée. Les barres de droite montrent la part d'air qui passe de chaque côté. En réduisant l'épaisseur du côté bouché avec le curseur, on voit qu'à 80 % d'épaisseur, le débit tombe déjà à environ 30 % du total, et qu'à 50 % il descend sous les 10 %.
💡 Pourquoi le nez du côté couché se bouche en dormant sur le côté

Selon certaines observations, dormir sur le côté suffit, en quelques minutes à une dizaine de minutes, à boucher le nez du côté couché. On pense que le système nerveux détecte la pression exercée sur ce côté du corps et fait gonfler la muqueuse du côté bas, tandis que celle du côté haut se dégonfle. C'est pourquoi les côtés s'inversent à chaque fois qu'on se retourne.

💡 Dans ces cas-là, consultez un oto-rhino-laryngologiste

Un nez bouché qui alterne entre les deux côtés est normal. En revanche, si c'est toujours le même côté qui reste bouché pendant plusieurs semaines, ou si un écoulement sanglant ou coloré persiste d'un seul côté, cela peut provenir d'une anomalie de forme du nez ou d'une excroissance. Chez les jeunes enfants, cela peut aussi être dû à un objet (comme un petit jouet) introduit dans le nez. Par ailleurs, les sprays nasaux vasoconstricteurs vendus sans ordonnance peuvent, en cas d'usage prolongé, entretenir la congestion au lieu de la soulager. Respectez la durée d'utilisation indiquée sur la notice.

En résumé

Le fait qu'un seul côté du nez se bouche vient du « cycle nasal » : la muqueuse, au fond du nez, gonfle en alternance à gauche et à droite. C'est un mécanisme normal qui se produit chaque jour chez la plupart des gens. La somme de la facilité de passage des deux côtés reste, elle, à peu près constante. Et parce que le débit d'air est proportionnel à la puissance 4 de l'épaisseur du passage, un léger gonflement de la muqueuse suffit à réduire fortement le débit de ce côté, au point qu'on le ressent comme « bouché ».

Le nez travaille en alternance, à gauche puis à droite.
Une épaisseur réduite de 20 % fait chuter l'air de 60 %.

Les propriétés de l'écoulement dans un conduit étroit se retrouvent aussi ailleurs dans le corps. Le mécanisme qui ramène le sang des jambes vers le cœur est expliqué dans « Pourquoi les jambes gonflent-elles quand on reste debout longtemps ? », et ce qui limite le temps qu'on peut retenir sa respiration est expliqué dans « Pourquoi ne peut-on pas retenir sa respiration plus d'une minute ? ».

🧪 Observer son propre cycle nasal avec un simple miroir de poche
  1. Placez un miroir de poche froid, ou le dos d'une cuillère en métal, horizontalement juste sous les narines.
  2. Fermez la bouche et expirez normalement par le nez. Deux zones de buée apparaissent sur le miroir, une de chaque côté : comparez leur taille. La plus grande correspond au côté actuellement le plus dégagé.
  3. Répétez toutes les 2 à 3 heures et notez quel côté était le plus grand. Essayez aussi après environ 10 minutes allongé sur le côté : la buée du côté couché devrait être plus petite.

Comparer la buée sur un miroir pour évaluer le passage nasal est une méthode simple, utilisée depuis longtemps en consultation médicale. Chez certaines personnes, le cycle n'est pas très marqué, ce qui reste dans la norme des variations individuelles.

Pour aller plus loin ― vocabulaire, formules et liens avec les manuels scolairesDu niveau collège jusqu'aux matières spécialisées de l'université, chaque niveau est indiqué
Comment lire les étiquettes qui suivent
  • CollègeNiveau du programme de sciences au collège
  • LycéeNiveau des programmes de « physique » et « biologie » au lycée
  • Lycée+Contenu d'approfondissement du lycée, ou encart des manuels
  • UniversitéContenu non enseigné au lycée, relevant de matières universitaires spécialisées (mécanique des fluides, physiologie, oto-rhino-laryngologie)
  • RechercheSujet qui n'est même pas enseigné comme « établi » à l'université, et que les chercheurs étudient encore activement

CollègeVocabulaire : ce phénomène a un nom

CollègeLycéeVérification par le calcul : combien d'air passe dans un nez à 80 % d'épaisseur ?

La quantité d'air ou d'eau qui s'écoule lentement (de façon régulière) dans un conduit étroit est donnée par la formule suivante. L'écoulement réel dans le nez est en fait plus complexe, mais cette formule donne un ordre de grandeur de « l'importance de l'épaisseur ».

⓪ La formule de base
En symbolesQ = π × r⁴ × ΔP ÷ ( 8 × μ × L )
En motsDébit par seconde = π × rayon à la puissance 4 × différence de pression motrice ÷ ( 8 × viscosité de l'air × longueur du conduit )
D'où vient cette formuleElle découle de l'équilibre entre la force exercée par la différence de pression entre l'entrée et la sortie du conduit, et la force de viscosité qui freine l'air près des parois (équation de Hagen-Poiseuille). Les deux narines se rejoignent au fond de la gorge, donc la différence de pression motrice est la même des deux côtés. Le rapport des débits des deux côtés est donc égal au rapport des rayons élevé à la puissance 4.
QDébit d'air par seconde (en mètres cubes par seconde)
rRayon du passage (en mètres)
ΔPDifférence de pression entre l'entrée de la narine et le fond de la gorge (en pascals)
μViscosité de l'air (en pascal-secondes)
LLongueur du passage (en mètres)
① Valeurs de départ
Rayon du côté dégagé (référence)1
Rayon du côté bouché (hypothèse)0,8 fois celui du côté dégagé
Différence de pression, viscosité, longueurIdentiques des deux côtés
② Le calcul
Carré du rayon0,8 × 0,8 = 0,64
Puissance 4 du rayon (= rapport des débits)0,64 × 0,64 ≒ 0,41
Débit total des deux côtés (côté dégagé = 1)1 + 0,41 = 1,41
Part du débit allant au côté bouché0,41 ÷ 1,41 ≒ 0,29
Comparaison : si le rayon est moitié moindre, son carré est0,5 × 0,5 = 0,25
Sa puissance 4 (rapport des débits)0,25 × 0,25 ≒ 0,063

Une épaisseur réduite de seulement 20 % fait chuter le débit de ce côté à environ 40 %, ce qui ne laisse passer qu'environ 30 % de l'air total. À moitié moins épais, c'est environ un seizième. Les proportions vues sur le curseur de la figure 2 sont calculées avec cette même formule.

LycéeLycée+Écoulement visqueux et régulation corporelle

LycéeLes fluides possèdent une viscosité : la partie en contact avec la paroi est immobile, tandis que le centre s'écoule plus vite. En biologie au lycée, on apprend que le système nerveux autonome, indépendant de la volonté, comprend deux branches : sympathique et parasympathique. Dans la muqueuse nasale, les vaisseaux sanguins se contracteraient surtout lorsque l'activité sympathique augmente, ce qui dégonfle la muqueuse et facilite le passage.

Lycée+Dans l'équation de Hagen-Poiseuille, le débit est proportionnel à la puissance 4 du rayon car deux facteurs dépendent tous deux de l'épaisseur : la surface de la section (proportionnelle au carré du rayon) et la vitesse au centre de l'écoulement (également proportionnelle au carré du rayon). C'est pour la même raison qu'une légère contraction d'un vaisseau sanguin modifie fortement le flux sanguin.

UniversitéRésistance nasale et types d'écoulement

L'écoulement réel de l'air dans le nez n'est pas un écoulement laminaire dans un tube cylindrique parfait. Le passage a une forme de fente aplatie, et selon l'intensité de la respiration, l'écoulement peut devenir turbulent. Le nombre de Reynolds sert de repère pour juger si l'écoulement est régulier ou turbulent. En clinique, la rhinomanométrie (mesure de la résistance nasale) permet de calculer la résistance de chaque côté à partir de la différence de pression et du débit. On estime que la résistance nasale représente environ la moitié de la résistance totale des voies aériennes. Le réseau de vaisseaux sous la muqueuse est appelé système veineux de capacitance, et on pense que la différence de tonus sympathique entre les deux côtés serait à l'origine du cycle nasal.

📖 Pour la démonstration de la formule et pour aller plus loin : Écoulement de Hagen-Poiseuille (Wikipédia, en japonais) / Cornet nasal (Wikipédia, en japonais)

RechercheCe qui n'est pas encore clairement établi

Le contenu de cet article reflète donc « l'état actuel des connaissances ». Le cycle nasal est connu depuis plus de cent ans, mais son rôle fait encore l'objet de débats.

Liens avec les programmes scolaires (par niveau)

NiveauMatière / chapitreOù dans cet article
CollègeSciences, 4e : « Structure et fonctions du corps animal (respiration) »Le trajet de l'air du nez aux poumons
LycéeBiologie : « Le système nerveux autonome »La régulation séparée, à gauche et à droite, du remplissage sanguin de la muqueuse
Lycée+Physique (approfondissement) : « Viscosité et écoulement »Pourquoi le débit est proportionnel à la puissance 4 du rayon
UniversitéMécanique des fluides, physiologie, oto-rhino-laryngologieÉquation de Hagen-Poiseuille, nombre de Reynolds, rhinomanométrie
RechercheRecherche sur l'olfaction et le système nerveux autonomeLa signification de l'alternance, le mécanisme réglant le cycle
―Liens avec la vie quotidiennePosition de sommeil et nez bouché, usage excessif de sprays nasaux, quand consulter
Références et sources
  1. Kayser, R. (1895) Die exakte Messung der Luftdurchgängigkeit der Nase. Archiv für Laryngologie und Rhinologie, 3. (considéré comme le premier écrit décrivant le cycle nasal)
  2. Hasegawa, M., Kern, E. B. (1977) The human nasal cycle. Mayo Clinic Proceedings, 52.
  3. Eccles, R. (1996) A role for the nasal cycle in respiratory defence. European Respiratory Journal, 9.
  4. Sobel, N. et al. (1999) The world smells different to each nostril. Nature, 402.
  5. Article « Nasal cycle » de Wikipédia (en anglais)

※Cet article est une explication scientifique destinée au grand public. Les valeurs indiquées sont des ordres de grandeur ou des approximations destinés à faciliter la compréhension du mécanisme. Si un nez bouché persiste longtemps, ou si les symptômes ne touchent toujours qu'un seul côté, consultez un médecin (oto-rhino-laryngologiste).