Mystères de la nature Environnement et écologie Aucune connaissance requise Lecture : environ 7 min

Pourquoi les feuilles mortes ne s'accumulent-elles jamais en montagne ?
― Elles ne disparaissent pas : la majeure partie repart dans l'air sous forme de gaz

Chaque année, une forêt perd à peu près la même quantité de feuilles. Depuis des décennies, parfois des siècles. Et pourtant, la couche de feuilles mortes dépasse rarement la cheville. Où sont donc passées toutes ces feuilles ? Dire qu'elles « sont devenues de la terre » ne suffit pas. L'essentiel du poids des feuilles mortes retourne dans l'air sous forme de gaz invisible.

Publié le : 05.09.2026 Difficulté : ★☆☆ (accessible sans connaissances préalables) Les formules n'apparaissent que dans le dernier volet dépliable
Imaginez d'abord cette scène

En marchant dans un bois de feuillus en automne, on entend un bruissement sous ses pieds. En levant les yeux, on voit encore des feuilles tomber sans cesse. Cette forêt a dû répéter la même chose l'année dernière, et l'année d'avant.

Si les feuilles mortes restaient telles quelles, cent ans d'accumulation dépasseraient la taille d'un homme. Mais en creusant un peu du bout du pied, la couche craquante ne fait guère plus de quelques centimètres. En dessous, on trouve une terre noire et humide.

Autrement dit, sur le sol forestier, les feuilles sont « rangées » presque aussi vite qu'elles tombent.

Deux grandes raisons expliquent cela

1
Des êtres vivants se relaient pour manger les feuilles

D'abord, de petits animaux comme les vers de terre, les cloportes et les collemboles broient les feuilles. Une fois réduites en morceaux, des moisissures et des champignons (les mycètes) y étendent leurs filaments, puis les bactéries achèvent le travail sur ce qui reste. Les rôles se répartissent comme dans une course de relais.

2
Les feuilles défaites repartent dans l'air sous forme de gaz

Environ la moitié du poids sec d'une feuille est du carbone. Quand les êtres vivants décomposent la feuille, ce carbone est rejeté sous forme de dioxyde de carbone. L'eau, elle, s'évapore. Si le poids semble disparaître, c'est parce qu'il s'est transformé en gaz et est passé dans l'air.

Ces deux points ne sont pas indépendants. Le premier parle des « êtres vivants qui défont » les feuilles, le second explique « où va le poids » au final. Voyons cela dans l'ordre.

Qui range donc les feuilles mortes ?

En réalité, les bactéries ont du mal à décomposer directement une feuille morte. Sa surface est recouverte de cire, et l'intérieur est tissé de fibres résistantes. C'est pourquoi ce sont d'abord des organismes du sol visibles à l'œil nu qui entrent en action.

Les vers de terre entraînent les feuilles mortes sous terre pour les manger. Les cloportes, les mille-pattes et les collemboles, longs d'environ un millimètre, les rongent et les réduisent en petites particules. Une fois broyée, la feuille voit sa surface exposée multipliée par dizaines. C'est la « préparation » qui revient à l'équipe suivante.

Viennent ensuite les champignons. En soulevant des feuilles mortes, on découvre parfois un réseau de filaments blancs : ce sont les hyphes. Les champignons comptent parmi les rares organismes capables de défaire, lentement, même la lignine, ce composant coriace que les bactéries ne peuvent pas attaquer seules. La figure 1 résume cette transmission de relais.

La course de relais des feuilles mortes vers la terre ① Feuille morte Vers et cloportes la broient (boîte de gauche) ② Fragments fins Filaments fongiques pénètrent dedans (boîte du milieu) ③ Bactéries Décomposent le reste en molécules (boîte de droite) Flèche haut : CO2 et eau vers l'air Flèche bas : humus noir restant L'essentiel du poids repart en gaz Seule une petite part reste en terre
Figure 1 : la décomposition des feuilles mortes se transmet des animaux du sol aux champignons, puis aux bactéries. La flèche qui monte depuis la boîte de droite représente la part qui repart en gaz dans l'air ; celle qui descend, la part qui reste sous forme de terre noire. Comme l'indique le texte en bas à gauche, c'est la flèche montante qui représente la plus grande quantité.

Où est passé ce poids « disparu » ?

C'est ici le point le plus surprenant de cette histoire. Quand on dit qu'une feuille « est devenue de la terre », on imagine volontiers qu'elle s'est transformée telle quelle en terre noire. En réalité, ce qui reste sous forme de terre n'en représente qu'une petite part.

Environ la moitié du poids sec d'une feuille serait du carbone. Pour les organismes décomposeurs, ce carbone est à la fois nourriture et carburant. Ils combinent ce carbone à de l'oxygène dans leur corps, en tirent de l'énergie, et le rejettent sous forme de dioxyde de carbone. Exactement comme nous respirons.

Autrement dit, le sol forestier « respire » silencieusement. Si les feuilles mortes ne forment jamais de montagne, ce n'est pas tant parce qu'on les range, mais surtout parce que leur poids même se transforme en gaz et quitte les lieux.

Ce qui reste s'enchevêtre, finement défait, avec les grains de terre pour former l'humus, cette matière sombre. C'est cette accumulation qui donne sa couleur noire au sol forestier. Mais l'humus se forme bien plus lentement que la vitesse à laquelle les feuilles disparaissent.

💡 Il existe des lieux où la décomposition ne suit pas

Dans les régions froides ou les zones humides immergées, l'activité des organismes décomposeurs ralentit fortement. Les végétaux tombés s'accumulent alors sans se décomposer, formant une couche appelée tourbe. On pense que le charbon lui-même provient de végétaux qui ont ainsi échappé à la décomposition.

💡 La dureté de la feuille change le temps qu'il faut pour disparaître

Les feuilles tendres, comme celles du cerisier ou du zelkova, perdent leur forme en un an environ, tandis que les feuilles épaisses et coriaces du pin ou du chêne peuvent mettre plusieurs années. C'est pourquoi le sol des forêts de conifères tend à accumuler une couche épaisse de feuilles mortes.

En résumé

Si les feuilles mortes d'une forêt ne s'accumulent pas en montagne, c'est parce que les organismes du sol défont les feuilles à tour de rôle, et renvoient leur carbone dans l'air sous forme de dioxyde de carbone. L'épaisseur de la couche de feuilles mortes se stabilise là où la vitesse de chute et la vitesse de décomposition s'équilibrent. Ce qui reste sous forme de terre n'en représente qu'une infime partie.

Le sol forestier ne range pas les feuilles.
Il les renvoie dans l'air.

Le mécanisme par lequel les arbres se détachent délibérément de leurs feuilles est traité dans Pourquoi les feuilles des arbres tombent-elles en automne ?, et la façon dont le dioxyde de carbone libéré circule ensuite à l'échelle de la planète est abordée dans L'océan absorbe le dioxyde de carbone ― mais après ?.

🧪 Vérifiez vous-même la vitesse à laquelle les feuilles mortes disparaissent
  1. Dans un parc ou un bois, ramassez dix feuilles mortes. Choisissez-les sèches et placez-les dans un sac à mailles larges, comme un filet à linge.
  2. Enterrez le sac peu profondément sous les feuilles mortes et marquez l'emplacement (évitez les terrains privés ou les massifs entretenus).
  3. Déterrez-le après trois mois puis après six mois, et observez combien de feuilles restent et si elles sont trouées. Ce sont les traces des organismes qui ont pu entrer et sortir par les mailles.

Il suffit de plonger la main dans la couche de feuilles mortes et de chercher du doigt la limite entre la couche craquante du dessus et la couche noire et humide du dessous, pour sentir l'ordre dans lequel la décomposition a progressé.

Pour aller plus loin ― vocabulaire, formules et liens avec les manuels scolairesDu collège à l'université, chaque niveau est clairement indiqué
Comment lire les étiquettes qui suivent
  • CollègeProgramme de sciences du collège
  • LycéeProgramme de « biologie » du lycée
  • Lycée+Contenu approfondi du lycée, ou encadré des manuels
  • UniversitéContenu non enseigné au lycée, relevant d'une discipline universitaire spécialisée (pédologie, écologie)
  • RechercheSujet qui n'est même pas enseigné à l'université comme un fait établi, et que les chercheurs étudient encore actuellement

CollègeVocabulaire : ce phénomène a un nom

CollègeLycéeVérification par le calcul : pourquoi la couche de feuilles mortes s'arrête-t-elle à quelques centimètres ?

Si l'on connaît la quantité qui tombe chaque année et le nombre d'années nécessaires à la décomposition, on peut estimer approximativement l'épaisseur de feuilles mortes qui reste au sol. Les unités utilisées sont le gramme pour le poids, le mètre carré pour la surface et le centimètre pour la longueur. Il s'agit ici d'une estimation destinée à comprendre le mécanisme, pour une forêt de feuillus tempérée typique.

① Valeurs de départ
Quantité de feuilles tombant en un an (forêt tempérée type)environ 350 g (par mètre carré)
Poids sec d'une feuilleenviron 0,5 g
Nombre d'années pour une décomposition quasi complèteenviron 2 ans
Densité apparente des feuilles mortes accumulées légèrementenviron 0,02 g (par centimètre cube)
② Le calcul
Nombre de feuilles tombant en un an sur un mètre carré350 ÷ 0,5 = 700
Poids de feuilles mortes toujours présentes au sol (2 ans)350 × 2 = 700
Volume correspondant (en centimètres cubes)700 ÷ 0,02 = 35000
Conversion en épaisseur (1 m² = 10 000 cm²)35000 ÷ 10000 = 3,5

Le calcul donne une couche de feuilles mortes stabilisée autour de 3,5 centimètres. Cela correspond à peu près à l'épaisseur que l'on sent sous la plante des pieds dans un bois de feuillus. Dans une forêt où la décomposition prend cinq ans, la couche serait plus épaisse ; à l'inverse, dans une forêt chaude où la décomposition est rapide, le sol peut être presque à nu.

LycéeLycée+Pourquoi la quantité d'azote détermine-t-elle la vitesse de décomposition ?

LycéeLes organismes décomposeurs ont besoin d'azote, en plus du carbone, pour construire leur corps. Or les feuilles mortes contiennent peu d'azote par rapport au carbone, et plus ce rapport est élevé, plus la décomposition serait lente.

Lycée+Avant de laisser tomber ses feuilles, l'arbre en retire l'azote et le phosphore vers ses branches. Autrement dit, les feuilles mortes arrivent au sol déjà appauvries en nutriments. Pour les organismes décomposeurs, tout commence donc par un repas peu nourrissant.

UniversitéLes feuilles mortes ne « disparaissent » pas : elles diminuent en deux temps

En écologie du sol, on décrit la perte de poids des feuilles mortes en distinguant une phase initiale rapide et une phase suivante lente. Dans la première, les composants solubles dans l'eau comme les sucres et les protéines sont utilisés en peu de temps ; dans la seconde, le reste, riche en lignine, décroît lentement sur une longue durée. Même pour une même feuille morte, les organismes actifs diffèrent entre la première et la seconde phase. On commence désormais à pouvoir identifier quels organismes sont actifs dans le sol à un instant donné grâce à des méthodes de lecture directe du matériel génétique.

RechercheCe qui reste encore mal compris

Autrement dit, le contenu de cet article reflète lui aussi « ce que l'on comprend à ce jour ». Le sol sous nos pieds est l'un des endroits de la planète les plus proches de nous, et pourtant l'un des moins compris.

Liens avec les programmes scolaires (par niveau)

NiveauMatière / unitéSection de l'article
CollègeSciences ・ Êtres vivants et environnement (producteurs, consommateurs, décomposeurs)« Qui range donc les feuilles mortes ? »
LycéeBiologie ・ Écosystèmes et cycle de la matière« Où est passé ce poids “disparu” ? »
Lycée+Biologie ・ Influence du rapport carbone/azote sur la décompositionSection sur la quantité d'azote
UniversitéPédologie ・ Écologie du solLa décomposition en deux temps
RecherchePourquoi le carbone du sol persiste, prévisions liées au réchauffementCe qui reste mal compris
Lien avec la vie quotidienneCompost fait avec les feuilles mortes du jardin, préparation de la terre du potager
Références et sources
  1. Forestry and Forest Products Research Institute (森林総合研究所) (informations de recherche sur le cycle du carbone forestier et le sol)
  2. 日本土壌肥料学会 (Société japonaise de science du sol et de fertilisation) éd., 『土壌サイエンス入門』(Introduction à la science du sol) (bases de la matière organique du sol et du processus de décomposition)
  3. 武田博清 (Hirokiyo Takeda), 『土壌動物の生態学』(Écologie des animaux du sol) (rôle des animaux du sol dans la décomposition des feuilles mortes)
  4. Schmidt et al., Persistence of soil organic matter as an ecosystem property, Nature 478 (2011) (synthèse remettant en question les raisons de la persistance de l'humus)

※Cet article est une vulgarisation scientifique destinée au grand public. Les valeurs indiquées sont des repères et des estimations destinées à faciliter la compréhension du mécanisme. La quantité de feuilles mortes et la vitesse de décomposition varient fortement selon le type de forêt, le climat et le terrain. Menez vos observations sans endommager les terrains privés, les arbres entretenus ou les massifs aménagés.