Mystères du quotidien Énergie Aucun prérequis Lecture : env. 7 min

Pourquoi une balle rebondit-elle de moins en moins haut ?
― Rien ne disparaît : l'énergie se change peu à peu en chaleur et en son

Une balle lâchée rebondit moins haut la deuxième fois que la première, et encore moins haut la troisième. On dirait que sa force s'est « perdue » quelque part. Pourtant, rien n'a disparu. À chaque fois qu'elle s'écrase sur le sol puis reprend sa forme, la balle abandonne une part de son mouvement sous forme de chaleur et de son. Et elle en abandonne toujours la même proportion.

Publié le 05.10.2026 Difficulté : ★☆☆ (aucun prérequis) Les formules n'apparaissent que dans la section repliable à la fin
Imaginez d'abord la scène

Un enfant lâche une balle rebondissante sur le sol. Poum, pom, pom, tom, tototo… À chaque rebond, elle monte moins haut, les bruits se rapprochent, et finalement elle s'immobilise en frémissant sur le sol.

« Dis, pourquoi elle rebondit de moins en moins haut ? Elle devrait toujours monter pareil. » Face à cette question, on est tenté de répondre : « Parce qu'elle n'a plus de force. »

Mais où cette « force » est-elle passée ? En touchant la balle, on ne sent pas qu'il lui manque quelque chose. La réponse se cache dans l'instant très bref du rebond.

Il n'y a que deux raisons à cette baisse

1
Une balle écrasée ne rend pas tout ce qu'elle a reçu

En touchant le sol, la balle s'aplatit un instant, puis rebondit en reprenant sa forme. Mais l'élan qu'elle rend en se redressant est un peu plus faible que celui qu'elle avait en s'écrasant. La différence se transforme en chaleur à l'intérieur de la balle.

2
Le son et les vibrations du sol en prennent aussi un peu

Le « pom » prouve que la balle a fait vibrer l'air. Le sol vibre aussi légèrement. Tout cela est prélevé sur le mouvement de la balle.

Dans les deux cas, le mouvement de la balle a simplement changé de forme, et le total n'a pas diminué. C'est ce que les cours de sciences appellent la « conservation de l'énergie ». Seulement, l'énergie devenue chaleur ou son ne peut plus servir à soulever la balle.

À chaque rebond, la même proportion est perdue

Une balle qui rebondit obéit à une règle curieuse. Ce qui compte n'est pas le nombre de centimètres perdus, mais la fraction conservée, à peu près la même à chaque fois. Une balle de tennis de table lâchée sur une table dure remonte environ aux trois quarts de la hauteur de chute. Lâchée de 1 mètre, elle monte à 75 cm, puis à 56 cm, puis à 42 cm : la hauteur diminue par multiplications successives.

Quand la hauteur baisse, le temps passé en l'air diminue aussi. Voilà pourquoi les bruits se rapprochent : « pom, pom, tototo ». Dans la figure 1, essayez de modifier la proportion de rebond avec le curseur.

Hauteur 1 m 0 2 s 4 s 6 s 8 s Temps depuis le lâcher Lâcher ici 3e rebond : env. 42 cm Arrêt : env. 6,3 s
Déplacez le curseur : la baisse des arches et le temps avant l'arrêt changent
Figure 1 : évolution de la hauteur d'une balle lâchée de 1 mètre (le disque en haut à gauche). Les arches bleues sont les rebonds successifs : plus on va vers la droite, plus elles sont basses et étroites. Avec le curseur, on voit, d'après les chiffres en haut à droite, que plus la proportion conservée est grande, plus la balle rebondit longtemps. Une balle de tennis de table conserve environ 75 %, une balle de tennis environ 55 %.

Le plus surprenant, c'est que, selon le calcul, les rebonds sont en nombre infini, mais le temps total est fini. Les arches rétrécissent si vite que leur somme se termine en quelques secondes. En réalité, à la fin, on ne distingue plus si la balle rebondit ou si elle tremble.

La part perdue devient de la chaleur dans la balle

Quand une balle en caoutchouc s'écrase, ses longues molécules de caoutchouc se frottent les unes aux autres en s'étirant et en se comprimant. Comme quand on se frotte les mains pour les réchauffer, ce frottement produit de la chaleur. Regardez la figure 2. Pendant l'écrasement puis le retour à la forme, ce frottement fait diminuer l'élan.

① Chute ② Écrasement ③ Rebond Rapide Ondes : frottement, chaleur Le mouvement est stocké dans la forme écrasée Moins rapide Élan de retour amoindri Juste avant l'impact
Figure 2 : l'instant du rebond en trois temps. La grosse flèche vers le bas à gauche est la vitesse de chute, la flèche fine et courte vers le haut à droite est la vitesse de départ du rebond. Les lignes ondulées au-dessus de la balle écrasée, au centre, représentent la chaleur produite par le frottement dans le caoutchouc.

La quantité de chaleur est minime : en touchant la balle, on ne sent aucun réchauffement. Pourtant, rebond après rebond, cela finit par compter. Plus un matériau perd peu de cette façon, plus il rebondit haut. Une balle rebondissante saute bien parce qu'elle est faite d'un caoutchouc qui frotte peu en s'écrasant.

💡 Les joueurs de squash réchauffent la balle avant le match

Une balle de squash froide ne rebondit presque pas. Avant un match, les joueurs la frappent plusieurs fois contre le mur pour la réchauffer. La dureté du caoutchouc et son frottement interne changent avec la température, et une balle chaude rebondit mieux. Ils utilisent donc, à leur profit, la chaleur produite à chaque rebond.

💡 Les balles officielles sont contrôlées sur leur rebond

Pour les balles officielles de tennis de table et de tennis, le règlement fixe la hauteur de rebond attendue après une chute d'une hauteur donnée. Si les rebonds variaient d'une balle à l'autre, on ne pourrait pas jouer correctement. Dans la section repliable ci-dessous, on calcule avec ces valeurs de référence.

En résumé

Une balle rebondit de moins en moins haut parce que, pendant l'instant où elle s'écrase puis se redresse, une partie de son mouvement devient chaleur et son. La proportion perdue étant à peu près la même à chaque fois, la hauteur diminue par multiplications et les bruits se rapprochent. L'énergie n'a pas disparu : elle a changé de forme et s'est dispersée dans le sol et l'air environnant.

À chaque rebond, la balle paie un petit tribut de chaleur.
La hauteur qui baisse en garde la trace comptable.

Nous parlons aussi du mouvement qui devient chaleur dans Pourquoi les mains se réchauffent-elles quand on les frotte ? et dans L'eau au pied d'une cascade est-elle plus chaude qu'avant la chute ?. Pour les cailloux qui ricochent sur l'eau, voyez Pourquoi un caillou ricoche-t-il plusieurs fois sur l'eau ?

🧪 À observer chez soi : mesurer la proportion de rebond
  1. Fixez un mètre ruban au mur et lâchez doucement la balle d'une hauteur de 1 mètre. Filmez de côté avec un smartphone pour mieux lire la hauteur des rebonds.
  2. Lisez la hauteur du premier et du deuxième rebond, puis comparez « 1er rebond ÷ 1 mètre » et « 2e rebond ÷ 1er rebond ». Les deux proportions devraient être presque identiques.
  3. Comparez différents types de balles : balle rebondissante, balle de tennis, balle de ping-pong. Essayez aussi une balle refroidie au réfrigérateur et une balle réchauffée dans la main.

Sur un sol mou, comme un tatami ou une moquette, c'est le sol qui absorbe la chaleur, et aucune balle ne rebondit bien. Comparez donc sur un sol dur. L'astuce : ne lancez pas la balle, lâchez-la simplement de la main.

Pour aller plus loin ― vocabulaire, formules, lien avec les manuelsDu collège aux cours spécialisés de l'université, le niveau de chaque passage est indiqué
Comment lire les étiquettes qui suivent
  • CollègeCe qu'on apprend en sciences au collège
  • LycéeCe qu'on apprend au lycée en « physique de base » et « physique »
  • Lycée+Approfondissement du lycée, ou contenu traité en encadré dans les manuels
  • Univ.Cours spécialisés de l'université, non vus au lycée (mécanique, résistance des matériaux, physique des polymères)
  • RechercheSujets que les chercheurs étudient en ce moment, pas encore enseignés comme acquis, même à l'université

CollègeVocabulaire : ce phénomène a un nom

CollègeLycéeVérifier par les formules : de combien la hauteur baisse-t-elle à chaque rebond ?

Avec les valeurs de référence des balles officielles de tennis de table et de tennis, on calcule la hauteur de rebond et le temps avant l'arrêt.

⓪ La formule de départ
En symboleshn = h0 × e2n (coefficient de restitution e = √( h1 ÷ h0 ))
En motshauteur du n-ième rebond = hauteur de chute × (carré du coefficient de restitution) multiplié n fois par lui-même
D'où vient-elle ?En l'air, l'énergie mécanique est conservée, donc la hauteur est proportionnelle au carré de la vitesse. Chaque fois que la vitesse est multipliée par e au sol, la hauteur est multipliée par e au carré
SymboleSignification et unité
h0Hauteur de chute (cm)
hnHauteur du n-ième rebond (cm)
eCoefficient de restitution (sans unité, entre 0 et 1)
t0Temps de la première chute jusqu'au sol (s)
① Valeurs de départ
Balle de tennis de table : hauteur de chute (norme du règlement international)30.5 cm
Balle de tennis de table : hauteur de rebond indicativeenviron 23 cm
Balle de tennis : hauteur de chute (norme du règlement international)254 cm
Balle de tennis : milieu de la fourchette de hauteur de rebondenviron 141 cm (135 à 147 cm)
Temps pour tomber d'une hauteur de 1 menviron 0.45 s
② Calculons
Balle de tennis de table : proportion de hauteur conservée (e au carré)23 ÷ 30.5 ≒ 0.75
Hauteur du 1er rebond après une chute de 1 m100 × 0.75 = 75 cm
Hauteur du 2e rebond75 × 0.75 ≒ 56 cm
Hauteur du 3e rebond56 × 0.75 = 42 cm
Balle de tennis : proportion de hauteur conservée141 ÷ 254 ≒ 0.56
Proportion perdue par la balle de tennis à chaque rebond1 − 0.56 = 0.44

Ainsi, à chaque rebond, la balle de tennis de table abandonne environ un quart de son énergie mécanique sous forme de chaleur et de son, et la balle de tennis plus de 40 %.

③ Temps avant l'arrêt (balle de tennis de table, depuis 1 m)
Formule du temps avant l'arrêt (somme des largeurs d'arches, en série géométrique)T = t0 × (1 + e) ÷ (1 − e)
Racine carrée de 0.75 (coefficient de restitution e)environ 0.866
Numérateur1 + 0.866 = 1.866
Dénominateur1 − 0.866 = 0.134
Numérateur divisé par dénominateur1.866 ÷ 0.134 ≒ 13.9
Temps avant l'arrêt0.45 × 13.9 ≒ 6.3 s

Selon le calcul, les rebonds pourraient continuer indéfiniment, mais le temps total plafonne à environ 6 secondes. C'est la même valeur que celle affichée en haut à droite de la figure 1. En réalité, la résistance de l'air et le changement de comportement lors des chocs lents interviennent : prenez ce résultat comme un ordre de grandeur.

LycéeLycée+Coefficient de restitution et énergie perdue

LycéeEn physique de base, on définit le coefficient de restitution avec le sol comme « vitesse après le choc ÷ vitesse avant le choc ». L'énergie cinétique étant proportionnelle au carré de la vitesse, la proportion d'énergie conservée à chaque choc est e au carré. Cela correspond à la proportion de hauteur de rebond.

Lycée+Les largeurs des arches forment une suite géométrique de raison e. Leur somme, même avec une infinité de termes, reste donc finie. C'est exactement la formule de la somme d'une série géométrique infinie en mathématiques.

Univ.Viscoélasticité et perte par hystérésis

Le caoutchouc est un matériau viscoélastique : il a à la fois l'élasticité d'un ressort et la viscosité du miel. La courbe de force à la compression et celle au retour ne coïncident pas, et l'aire entre les deux, la perte par hystérésis, se transforme en chaleur. La déformation au moment du contact est estimée par la théorie du contact de Hertz. On sait que le coefficient de restitution varie avec la vitesse du choc et la température.

📖 Dérivation des formules et approfondissements (en japonais) : Coefficient de restitution (Wikipédia) / Conservation de l'énergie mécanique (Wikipédia)

RechercheCe qu'on ne comprend pas encore bien

Le contenu de cet article n'est donc lui aussi qu'une « explication dans l'état actuel des connaissances ». La règle d'une baisse de même proportion à chaque fois n'est, elle aussi, qu'une bonne approximation.

Lien avec les manuels (par niveau)

NiveauMatière et chapitreOù dans cet article
CollègeSciences : « énergie mécanique », « transformations de l'énergie »L'explication du mouvement qui devient chaleur et son
LycéePhysique de base : « coefficient de restitution », « énergie mécanique »Le calcul : proportion de hauteur = e au carré
Lycée+Mathématiques : « série géométrique infinie »Le temps avant l'arrêt est fini
Univ.Résistance des matériaux, physique des polymères : « viscoélasticité », « hystérésis »Comment la chaleur naît dans le caoutchouc
RechercheMécanique du contact, physique des poudresDépendance de e à la vitesse, effondrement inélastique
―Liens avec la vie quotidienneContrôle des balles de sport, habitude de réchauffer la balle de squash
Références et sources
  1. Fédération internationale de tennis de table (ITTF), règlement de compétition et documents techniques (norme des balles : rebond après une chute de 30,5 cm)
  2. Fédération internationale de tennis (ITF), annexe des règles du tennis (norme des balles : rebond de 135 à 147 cm après une chute de 254 cm)
  3. Cross, R. "The bounce of a ball", American Journal of Physics 67, 222 (1999)
  4. Manuel de lycée japonais « 物理基礎 » (physique de base), chapitres sur le coefficient de restitution et la conservation de l'énergie mécanique

※ Cet article est une explication scientifique grand public. Les valeurs indiquées sont des ordres de grandeur et des estimations pour comprendre le mécanisme. Le rebond d'une balle varie beaucoup selon le matériau, la température et la dureté du sol.