Pourquoi a-t-on sommeil après un gros repas ?
– Quand le corps passe en « mode digestion »
Après un bon déjeuner, en cours ou au travail l'après-midi, avez-vous déjà été saisi par une forte envie de dormir ? Avant de manger, aucune somnolence. Mais une fois rassasié, les paupières deviennent lourdes. Que se passe-t-il donc dans notre corps ?
Après un petit-déjeuner léger, puis après un déjeuner copieux, avec un plat bien garni, avez-vous remarqué que la somnolence n'était pas la même ? Beaucoup de personnes se sentent surtout somnolentes après un repas riche en glucides : riz, pain, pâtes.
Cette « somnolence postprandiale » n'est ni une illusion ni de la paresse. On pense qu'elle résulte de plusieurs changements qui se combinent dans le corps.
Quand la glycémie monte après le repas, on pense que l'activité des neurones qui maintiennent le cerveau éveillé s'affaiblit.
Après le repas, le corps bascule vers un mode dominé par les nerfs chargés du repos et de la digestion (le système parasympathique).
Voyons, l'un après l'autre, comment ces deux changements internes provoquent la somnolence après le repas.
La variation de la glycémie affaiblit l'« interrupteur de l'éveil » du cerveau
Quand on mange, les sucres digérés et absorbés passent dans le sang, et la glycémie (la concentration de sucre dans le sang) augmente. Le cerveau contiendrait des neurones particuliers, chargés de maintenir l'état d'éveil. On pense que ces neurones ont la propriété de s'affaiblir quand la glycémie monte. Autrement dit, l'élévation de la glycémie après le repas affaiblirait indirectement l'interrupteur qui dit au cerveau : « reste éveillé ».
Le parasympathique prend le dessus : le corps passe en « mode repos et digestion »
Notre corps possède deux types de nerfs autonomes : le système sympathique, actif quand nous sommes en action, et le système parasympathique, actif quand nous sommes détendus. Quand on mange, on pense que le parasympathique prend le dessus pour aider la digestion. Cet état détend le corps et favorise aussi la somnolence.
C'est le signe que le corps change volontairement de mode pour se concentrer sur le grand travail de la digestion.
La digestion elle-même consomme de l'énergie
Digérer et absorber les aliments demande aussi de l'énergie (des calories) au corps. Cette énergie dépensée en mangeant s'appelle la « thermogenèse alimentaire ». On pense qu'une certaine part des calories du repas sert à la digestion. Ce travail pourrait aussi contribuer à réduire temporairement les ressources disponibles pour d'autres activités (comme le maintien de l'éveil).
Quand on mange beaucoup d'aliments qui font grimper vite la glycémie, comme le riz blanc, le pain ou les sucreries, la somnolence qui suit serait plus forte. À l'inverse, en mangeant d'abord légumes et protéines, ou en mâchant bien et lentement, donc en évitant les pics de glycémie, la somnolence pourrait changer.
Ce que vous pouvez vérifier vous-même
- Pendant quelques jours, notez le contenu de votre déjeuner (surtout des glucides, ou aussi beaucoup de légumes et de protéines)
- Une demi-heure à une heure après le repas, évaluez et notez l'intensité de votre somnolence, par exemple sur une échelle de 1 à 5
- Comparez vos notes sur le repas et sur la somnolence
- Cherchez s'il existe des types de repas qui vous rendent plus somnolent
Le lien entre repas et somnolence varie selon les personnes. Vos propres notes sont donc le meilleur indice.
En résumé
Si l'on a sommeil après un gros repas, c'est d'abord parce que la hausse de la glycémie affaiblit l'activité des neurones qui maintiennent le cerveau éveillé. C'est aussi parce que le parasympathique, qui aide la digestion, prend le dessus et fait passer le corps, détendu, en « mode digestion ». On pense que ces deux phénomènes se combinent. L'énergie dépensée par la digestion elle-même pourrait y contribuer.
La somnolence après le repas n'est pas un manque de volonté : c'est la preuve que le corps prend très au sérieux l'important travail de la digestion.
À propos, certains animaux ne digèrent pas seuls. Comment une vache devient-elle si grosse en ne mangeant que de l'herbe ? Nous l'expliquons dans Les vaches ne mangent que de l'herbe : pourquoi peuvent-elles devenir si grosses ?.
Pour aller plus loin – termes, chiffres et lien avec les manuelsDu collège aux sujets de recherche : le niveau de chaque passage est indiqué
- CollègeNiveau du programme de sciences au collège
- LycéeNiveau du programme de « biologie de base » au lycée
- Lycée+Niveau de la « biologie » au lycée, ou contenus d'approfondissement et d'encadrés des manuels
- UniversitéMatières spécialisées de l'université (neuroendocrinologie), non abordées au lycée
- RechercheSujets que les chercheurs étudient en ce moment, sans consensus établi, même à l'université
CollègeVocabulaire : les mots de la somnolence après le repas
- Glycémie : concentration de sucre (glucose) dans le sang.
- Système nerveux autonome : nerfs qui règlent automatiquement, sans intervention de la volonté, le travail des organes internes.
- Système parasympathique : nerfs autonomes qui détendent le corps et favorisent la digestion.
LycéeVérifier par la formule : estimer l'énergie dépensée pour digérer
À partir d'une valeur indicative de la thermogenèse alimentaire (l'énergie dépensée à cause du repas), calculons l'énergie utilisée par la digestion.
| En symboles | E = Q × F |
| En mots | Énergie dépensée pour la digestion = énergie du repas × part de la thermogenèse alimentaire |
| D'où vient cette formule ? | Elle vient du bilan énergétique : l'énergie mangée se répartit entre « la part stockée par le corps » et « la part partant en chaleur lors de la digestion et de l'absorption ». La part F est une valeur réellement mesurée pour chaque nutriment. |
Énergie dépensée pour la digestion (kcal) = calories du repas (kcal) × part indicative
| Part indicative | Elle varie selon le contenu du repas ; nous retenons ici environ 10 % |
| Énergie dépensée pour la digestion (kcal) | 800 × 0.1 = 80 |
| Résultat | Environ 80 kcal servent à la digestion elle-même |
| Énergie dépensée pour la digestion (kcal) | 800 × 0.2 = 160 |
| Écart avec ② (kcal) | 160 − 80 = 80 |
| Résultat | Environ 160 kcal servent à la digestion, soit environ 80 kcal de plus qu'en ② |
On pense que la part d'énergie consacrée à la digestion varie selon le type d'aliment. En général, les aliments riches en protéines auraient tendance à coûter plus d'énergie à digérer que les glucides ou les lipides.
※ Les parts utilisées ici sont des valeurs indicatives souvent citées. Les valeurs réelles peuvent varier selon les aliments et les personnes.
Lycée+Le rôle des neurones qui maintiennent l'éveil
Dans l'hypothalamus, une région du cerveau, se trouvent des neurones qui fabriquent une substance appelée « orexine ». On pense qu'ils jouent un rôle important dans le maintien de l'éveil. Des études sur des animaux ont montré que, quand la glycémie monte, l'activité de ces neurones s'affaiblit.
UniversitéLa somnolence après le repas vue par la neuroendocrinologie
En neuroendocrinologie, on étudie comment les variations de la glycémie et d'hormones comme l'insuline, provoquées par le repas, influencent l'équilibre de nombreux neurotransmetteurs du cerveau et règlent l'équilibre entre éveil et sommeil. On considère que la somnolence après le repas est un phénomène complexe, où interviennent plusieurs hormones et neurotransmetteurs. Le système des neurones à orexine est le principal acteur étudié du côté du maintien de l'éveil.
📖 Pour aller encore plus loin : Orexine (Wikipédia en japonais)
RechercheCe qui reste flou
- Pourquoi l'intensité de la somnolence après le repas varie autant selon les personnes reste un sujet de recherche en neuroendocrinologie.
- Le lien entre les « pics de glycémie », où la glycémie monte et chute brutalement, et les maladies liées au mode de vie est aussi considéré comme une question de recherche importante.
- Jusqu'où l'on peut atténuer la somnolence et améliorer son état en jouant sur l'ordre des aliments et le rythme du repas fait aussi l'objet d'enquêtes en nutrition.
Même la somnolence après nos repas quotidiens cache un sujet riche, où se croisent neurosciences et nutrition, et sur lequel la recherche se poursuit.
Lien avec les manuels (par niveau)
| Niveau | Matière · unité | Où dans cet article |
|---|---|---|
| Collège | Sciences · digestion et sang | Termes de base : glycémie, système autonome |
| Lycée | Biologie de base · métabolisme énergétique | Calcul de l'énergie dépensée pour digérer |
| Lycée+ | Biologie · fonctionnement du cerveau (approfondissement) | Lien entre neurones à orexine et éveil |
| Université | Neuroendocrinologie | Régulation de l'éveil par les hormones et neurotransmetteurs |
| Recherche | Neuroendocrinologie · nutrition (en cours) | Explication des différences individuelles, lien avec les pics de glycémie, études sur les façons de manger |
- Explications sur la glycémie et le système nerveux autonome dans des manuels et documents de physiologie.
- Revue de recherche en neurosciences sur le système des neurones à orexine et la régulation de l'éveil.
- Explications sur la thermogenèse alimentaire dans des documents de nutrition.
- Revue de recherche en neuroendocrinologie sur le lien entre les variations hormonales après le repas et la somnolence.
- Explications sur les façons de manger qui limitent la hausse de la glycémie, dans des documents de nutrition.
※ Les parts d'énergie et l'intensité de la somnolence peuvent varier selon le contenu du repas et les personnes.
※ Cet article est une explication scientifique grand public. Si une forte somnolence ou un malaise persiste, ne vous fiez pas à votre seul jugement : consultez un établissement de santé.