⚠ Science vitale 🩺 Science du corps Sans prérequis Lecture : env. 8 min

Pourquoi peut-on s'évanouir dans son bain
à cause d'un « choc thermique » ?

Du salon bien chauffé au vestiaire glacial, puis à l'eau brûlante du bain : ce trajet que l'on répète machinalement chaque hiver peut en réalité représenter une lourde épreuve pour le corps. Pourquoi arrive-t-il que des personnes s'évanouissent dans leur bain ? Commençons par une scène du quotidien.

Publié le : 22.08.2026 Difficulté : ★☆☆ (aucune connaissance préalable requise) Les formules n'apparaissent que dans le dernier menu déroulant
Imaginez d'abord cette scène

Un soir d'hiver. Dans le salon bien chauffé, grand-père regarde la télévision, bien installé sous le kotatsu. « Bon, il est temps d'aller au bain », se dit-il en se levant. Il traverse le couloir et rejoint le vestiaire, sans chauffage, où l'air est glacial. En se déshabillant, il frissonne malgré lui.

Il entre alors dans la salle de bain et plonge dans l'eau chaude et fumante de la baignoire. « Ah, ça fait du bien » — et juste après ce soulagement, une sensation de vertige soudain peut survenir. La plupart du temps, cela passe en quelques secondes. Mais parfois, la personne perd connaissance et s'effondre.

C'est ce que l'on appelle un « choc thermique ». Ce n'est pas une maladie particulière : on l'attribue à une variation brutale de la tension artérielle, provoquée par l'écart de température.

Tension Basse Zone à risque de vertige Tension habituelle Salon Vestiaire Juste après le bain Après qq minutes Vaisseaux resserrés, tension monte Vaisseaux dilatés, tension chute
Figure 1 : le graphique montre, de gauche à droite, l'évolution de la tension du salon au vestiaire puis au bain. Le pic central (vestiaire) montre une tension qui grimpe brusquement, puis la vallée à droite (juste après l'entrée dans le bain) montre sa chute brutale. La bande grisée en bas indique la zone de tension où les vertiges sont les plus fréquents.

Deux raisons seulement expliquent le danger

1
Les vaisseaux « se resserrent, puis se dilatent », et la tension s'affole

Dans le froid, les vaisseaux se resserrent et la tension monte ; dans l'eau chaude, ils se dilatent et la tension chute brutalement. Plus cet écart est important, plus le sang qui arrive au cerveau diminue un instant, ce qui peut entraîner vertige ou perte de connaissance.

2
Perdre connaissance « dans la baignoire » met la vie en danger

S'évanouir dans le salon et s'évanouir dans le bain, ce n'est pas du tout la même chose. Dans l'eau, le visage risque de s'immerger, empêchant de respirer.

C'est la combinaison de ces deux facteurs qui rend le choc thermique particulier : « dans une large mesure évitable si l'on y prend garde, mais aux conséquences potentiellement graves lorsqu'il survient ». Voyons chaque point en détail, à l'aide d'exemples familiers.

Raison 1 : le vaisseau sanguin, un « tuyau dont le diamètre change avec la température »

Quand on arrose le jardin avec un tuyau, pincer l'extrémité avec les doigts augmente la force du jet. En réduisant le diamètre, il faut davantage de pression pour faire passer la même quantité d'eau. À l'inverse, si l'on relâche les doigts et que le tuyau reste large, la pression baisse.

Les vaisseaux sanguins du corps fonctionnent de façon très similaire. Quand on a froid, le corps resserre les vaisseaux pour ne pas laisser échapper la chaleur. Il réduit le sang qui circule juste sous la peau, afin de préserver la chaleur du cœur du corps. Les vaisseaux étant plus étroits, la pression nécessaire pour faire circuler le sang — la tension artérielle — augmente.

À l'inverse, dans l'eau chaude, le corps dilate les vaisseaux pour évacuer la chaleur. Comme pour un tuyau élargi, la pression — la tension — baisse. Et comme le bain réchauffe d'un coup une grande partie du corps, cette dilatation des vaisseaux est elle aussi très rapide.

Autrement dit, le trajet salon → vestiaire → bain fait vivre au corps des montagnes russes internes : « la tension monte, puis chute brutalement ». Chez une personne en bonne santé, le corps s'ajuste rapidement. Mais si cet ajustement n'arrive pas à suivre, le sang qui arrive au cerveau peut temporairement manquer, ce qui entraînerait vertige ou perte de connaissance.

💡 Les personnes à surveiller particulièrement

Chez les personnes âgées, ou celles souffrant d'hypertension, de diabète ou d'artériosclérose avancée, la capacité à ajuster rapidement les vaisseaux est souvent affaiblie, ce qui tend à accentuer les variations de tension. De même, après un repas, après avoir bu de l'alcool, ou en état de légère déshydratation (fréquente avant et après le bain), l'ajustement de la tension serait plus difficile.

Raison 2 : perdre connaissance « dans la baignoire » change tout

Comparons une perte de connaissance sur le canapé du salon et dans la baignoire. Sur le canapé, même en tombant, le corps reste à l'air libre. Mais dans la baignoire, en cas de perte de connaissance, le corps s'enfonce et le visage risque de se retrouver immergé, empêchant de respirer. De plus, la salle de bain est souvent un lieu où l'on se retrouve seul, si bien que la famille met parfois du temps à remarquer le problème.

Selon les données de l'Agence de la consommation (Consumer Affairs Agency), le nombre de décès liés à des accidents pendant le bain est estimé à environ 19 000 par an à l'échelle nationale, dont une grande partie concerne des personnes âgées et survient en hiver. Ce chiffre est parfois présenté comme dépassant le nombre annuel de décès dus aux accidents de la route.

⚠ Astuces de prévention applicables chez soi

Sans matériel particulier, voici quelques astuces qui permettraient de réduire l'écart de température lui-même :

🧪 Une observation de 30 secondes : les veines du dos de la main
  1. Plongez la main dans l'eau froide pendant environ 1 minute, et observez l'apparence des veines sur le dos de la main.
  2. Faites de même avec de l'eau tiède, et comparez l'apparence des veines.

Dans l'eau froide, les veines devraient devenir moins visibles (les vaisseaux se resserrent, réduisant le flux sanguin en surface), tandis que dans l'eau tiède, elles devraient ressortir davantage (les vaisseaux se dilatent, augmentant le flux sanguin). C'est le même mécanisme que celui à l'œuvre dans le corps, que l'on peut ressentir ici sans aucun risque.

En résumé

Si des personnes peuvent s'évanouir dans leur bain, ce n'est pas parce que « le bain en lui-même est dangereux ». On considère que c'est la combinaison de ① la variation brutale de tension due au resserrement et à la dilatation des vaisseaux, et ② le fait que cela se produise dans la baignoire — qui peut entraîner des conséquences inattendues.

Ce n'est pas le bain qui est dangereux.
C'est « l'écart de température » qui met le corps à rude épreuve.

Un autre danger hivernal, lié cette fois à une baisse excessive de la température corporelle, est expliqué dans cet article.

Pour aller plus loin ― vocabulaire, formules, liens avec les manuels scolairesDu niveau collège au niveau universitaire spécialisé, chaque niveau est clairement indiqué
Comment lire les étiquettes ci-dessous
  • CollègeNiveau des sciences au collège
  • LycéeNiveau « sciences physiques de base », « chimie de base » au lycée
  • Lycée+Niveau « physique » avancé du lycée, ou contenu approfondi/encadré des manuels
  • UniversitéContenu non abordé au lycée, relevant de matières universitaires spécialisées (physiologie, cardiologie)
  • RechercheSujet encore à l'étude par les chercheurs, non encore établi comme un « fait admis » même à l'université

CollègeVocabulaire : ce phénomène a un nom

CollègeLycéeVérification par le calcul : visualiser l'écart de température en chiffres

Le sujet de cet article était : « de combien la tension baisse-t-elle en entrant dans le bain ? ». Essayons d'estimer la tension elle-même. La clé, c'est qu'une légère dilatation des vaisseaux change énormément la résistance à l'écoulement du sang.

⓪ La formule de base
En symbolesR = 8 × μ × L ÷ ( π × r⁴ )
En motsRésistance à l'écoulement du sang = 8 × viscosité du sang × longueur du vaisseau ÷ (π × rayon⁴)
D'où vient cette formuleElle découle de l'équilibre entre la force de poussée et la résistance due à la viscosité, dans un écoulement lent au sein d'un tube fin (équation de Hagen-Poiseuille). La tension artérielle est déterminée par « le débit pompé par le cœur × la résistance à l'écoulement » : si la résistance baisse, la tension baisse aussi.
① Valeurs de départ (signification des symboles et unités)
Rayon rRayon intérieur du vaisseau sanguin, en mètres. Il augmente sous l'effet de la chaleur du bain
Résistance RRésistance du vaisseau. Unité : pression divisée par débit. Ici, exprimée en rapport, avant le bain valant 1
Tension artérielleUnité : mmHg (millimètres de mercure). La tension systolique avant le bain est fixée à 110
Rayon pendant le bain1,1 fois le rayon avant le bain (estimation pour la dilatation des vaisseaux proches de la peau)
② Calcul de la baisse de tension
Carré du rayon1,1 × 1,1 = 1,21
Encore au carré, soit le rayon à la puissance 41,21 × 1,21 ≒ 1,46
La résistance en est l'inverse1 ÷ 1,46 ≒ 0,68
Tension estimée pendant le bain110 × 0,68 ≒ 75
Baisse110 − 75 = 35

Une simple augmentation de 10 % du rayon suffit, selon ce calcul, à faire baisser la tension d'environ 35. En réalité, le corps compense en augmentant le rythme cardiaque, donc la baisse n'est pas aussi brutale. Mais la relation reste vraie : « une légère dilatation des vaisseaux peut faire varier fortement la tension ». Si l'on ajoute un changement de posture (se lever), cet effet s'additionne.

La baisse de tension dépend aussi de l'écart de température initial. Regardons également, à titre indicatif, l'écart entre le vestiaire et le salon. Toutes les valeurs ci-dessous sont en °C (degrés Celsius).

③ Températures de référence
Température du salonEnviron 22°C (référence pour une pièce chauffée)
Température du vestiaire (sans chauffage)Environ 8°C (référence pour un vestiaire non chauffé en hiver)
Température du vestiaire (avec chauffage)Environ 18°C (référence avec un petit radiateur d'appoint)
④ Calcul de l'écart de température
Écart sans chauffage22 − 8 = 14 (°C)
Écart avec chauffage22 − 18 = 4 (°C)
Réduction de l'écart14 − 4 = 10 (°C)

Le simple fait de chauffer le vestiaire réduit l'écart avec le salon à près d'un tiers de sa valeur initiale. Comme l'amplitude de la vasoconstriction et de la vasodilatation serait à peu près proportionnelle à cet écart, chauffer le vestiaire est largement recommandé comme mesure de prévention.

LycéeLycée+La raison 1, plus précisément : le réflexe barorécepteur

LycéeLorsque la tension change, le corps active le système nerveux autonome pour tenter de la maintenir stable. C'est un exemple de l'« homéostasie », notion étudiée en sciences de la vie de base.

Lycée+Plus précisément, au niveau du cou (artère carotide) et près du cœur se trouvent des capteurs appelés barorécepteurs, qui détectent les variations de tension. Quand la tension chute brutalement, les barorécepteurs le détectent et envoient un signal au cerveau, qui augmente le rythme cardiaque et resserre les vaisseaux pour tenter de rétablir la tension. C'est ce qu'on appelle le réflexe barorécepteur (baroréflexe). On pense que le vertige du choc thermique survient lorsque ce réflexe ne parvient pas, l'espace d'un instant, à suivre la chute brutale de tension.

UniversitéPourquoi le risque serait plus élevé chez les personnes âgées

Des études en physiologie rapportent que le vieillissement et l'artériosclérose, en durcissant la paroi des vaisseaux, réduisent la sensibilité des barorécepteurs eux-mêmes ainsi que la rapidité de réaction des vaisseaux. Alors qu'une personne jeune peut ajuster sa tension en quelques secondes, chez une personne âgée, cet ajustement prendrait plus de temps ou serait de moindre amplitude, ce qui favoriserait vertiges et pertes de connaissance. Certains signalent également que, chez les personnes prenant des médicaments antihypertenseurs (notamment ceux qui dilatent les vaisseaux), l'effet combiné de la dilatation due à l'eau chaude et de celle due au médicament pourrait accentuer encore la baisse de tension.

📖 Pour la démonstration de la formule et pour aller plus loin : Écoulement de Hagen-PoiseuilleBarorécepteur

RechercheCe qui reste encore mal compris

Le terme « choc thermique » est largement utilisé au Japon, mais certains aspects de ce phénomène font encore l'objet de recherches en cours.

Autrement dit, le contenu de cet article reste « une explication fondée sur l'état actuel des connaissances ». Les précautions présentées ici découlent logiquement du mécanisme en cause, mais elles ne garantissent pas, à elles seules, de tout prévenir.

Liens avec les manuels scolaires (par niveau)

NiveauMatière / unitéOù dans cet article
CollègeSciences · circulation sanguine / régulation de la température corporelleMécanisme de base du resserrement et de la dilatation des vaisseaux, Figure 1
LycéeSciences de la vie de base · homéostasieVue d'ensemble de la régulation de la tension par le système nerveux autonome
Lycée+Sciences de la vie · système nerveux (souvent traité comme contenu approfondi)Mécanisme du réflexe barorécepteur
UniversitéPhysiologie · cardiologieBaisse de sensibilité des réflexes liée à l'âge et à l'artériosclérose, interaction avec les médicaments
RechercheÉpidémiologie · médecine préventive (non résolu)Difficulté à distinguer les causes de décès, explication des différences individuelles, développement de technologies de surveillance
Prévention des risques / éducation à la sécuritéChauffer vestiaire et salle de bain, température et durée du bain recommandées, conduite à tenir en cas de découverte
Sources et références
  1. Agence de la consommation (消費者庁), « Attention aux accidents pendant le bain ! » (estimation des décès liés aux accidents de bain chez les personnes âgées, fréquence accrue en hiver).
  2. Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales (厚生労働省), « Statistiques de l'état civil » (statistiques de population) (nombre de décès accidentels dans la baignoire, majorité de personnes âgées).
  3. Documents de sensibilisation grand public sur les accidents liés au bain et le choc thermique, publiés notamment par la Société japonaise de médecine d'urgence (日本救急医学会) et l'Association météorologique japonaise (日本気象協会).
  4. Explication du réflexe barorécepteur (baroréflexe) dans les manuels de physiologie cardiovasculaire (barorécepteurs du sinus carotidien et de la crosse aortique, régulation de la tension artérielle).

※Cet article est une vulgarisation scientifique destinée au grand public. Les personnes ayant des antécédents médicaux ou des doutes sur leur état de santé sont invitées à consulter un médecin au sujet de leurs habitudes de bain. En cas d'urgence réelle, suivez les instructions des services de secours, des autorités locales et des établissements médicaux. Les valeurs numériques indiquées sont des estimations destinées à faciliter la compréhension des mécanismes.