⚠ Une science qui peut sauver des vies 🏔 Histoire de pression Aucun prérequis nécessaire Lecture : environ 6 min

Pourquoi le mal des montagnes
apparaît-il juste en prenant de l'altitude ?

En montagne, il arrive d'avoir mal à la tête ou d'avoir la nausée. C'est le mal des montagnes. Un malaise étrange : on respire, et pourtant on a l'impression d'étouffer, comme dans un tunnel. La cause ne serait pas la « quantité » d'air, mais sa « concentration ».

Publié le : 22.08.2026 Difficulté : ★☆☆ (aucun prérequis nécessaire) Les formules n'apparaissent que dans la section dépliable finale
Imaginez d'abord la scène suivante

Un randonneur profite d'un week-end pour gravir une haute montagne. En bus ou en voiture, il rejoint directement un point de départ situé en altitude, puis commence son ascension d'un bon pas. Le temps est beau, sa forme semble excellente.

Mais passé les 3000 mètres, sa tête devient étrangement lourde, et le moindre pas le laisse essoufflé. Les pauses n'y font rien : bientôt, la nausée s'installe.

C'est le mal des montagnes. On considère qu'il a peu de rapport avec la condition physique.

Le mal des montagnes tient à deux raisons, pas plus

1
En altitude, l'air devient moins « concentré »

La composition de l'air ne change pas, mais la baisse de pression réduit la quantité d'oxygène qu'on peut inspirer. C'est un phénomène physique incontournable.

2
Le corps a besoin de temps pour s'habituer à l'air raréfié

Le corps peut s'adapter peu à peu à un air pauvre en oxygène, mais cette « acclimatation » demande plusieurs jours. Plus l'ascension est rapide, moins le corps arrive à suivre.

Voyons cela dans le détail, l'une après l'autre.

Raison 1 : l'air devient comme un « jus dilué »

La proportion d'oxygène dans l'air reste d'environ 21%, que l'on soit au niveau de la mer ou au sommet d'une montagne. Ce qui change, c'est la pression, autrement dit « la concentration de l'air lui-même ».

C'est comme diluer un jus dans de l'eau. La « proportion » de sucre dans le jus reste la même, mais plus on ajoute d'eau, moins il y a de sucre par verre. Prendre de l'altitude, c'est un peu comme diluer de plus en plus ce jus qu'est l'air. La quantité d'oxygène qui entre dans les poumons à chaque inspiration diminue avec l'altitude.

La baisse de pression avec l'altitude (l'oxygène diminue dans des proportions similaires) 100% 62% 53% 33% Niveau mer Fuji 5000 m Everest
Fig. 1 : la pression baisse continuellement avec l'altitude. En prenant le niveau de la mer comme référence à 100%, elle tombe à environ 62% au sommet du mont Fuji, et à environ 33% au sommet de l'Everest. La quantité d'oxygène diminue dans des proportions similaires.
💡 Même le mont Fuji peut provoquer le mal des montagnes

On croit souvent que « le mal des montagnes, c'est seulement pour l'Everest ». Or, chez beaucoup de personnes, les symptômes commenceraient dès environ 2500 à 3000 m. Le mont Fuji japonais (3776 m) se situe justement dans cette tranche. Comme le bus permet de monter directement jusqu'au cinquième palier, certains randonneurs commencent l'ascension sans laisser au corps le temps de s'acclimater.

Raison 2 : le corps a besoin de temps pour s'habituer

Le corps possède la capacité de s'adapter peu à peu à un air raréfié. Il accélère la respiration et produit davantage de globules rouges, chargés de transporter l'oxygène, pour tenter de compenser le manque. On appelle cela l'« acclimatation en altitude ».

Le problème, c'est que cette acclimatation ne se fait ni en quelques heures ni en une journée. Si la vitesse d'ascension dépasse la vitesse d'acclimatation du corps, celui-ci reste en déficit d'oxygène, ce qui se traduit par des maux de tête et des nausées. L'idée reçue « je suis jeune et en forme, donc ça ira » ne tient pas, car ce n'est pas une question de condition physique, mais bien une question de temps d'acclimatation.

🔎 Comment repérer les signes ― il est important de les détecter tôt

Les premiers symptômes du mal des montagnes ― maux de tête, nausées, fatigue ― ressemblent à un simple rhume ou à de la fatigue ordinaire, ce qui les rend difficiles à distinguer. Il est jugé essentiel, à ce stade, de se reposer sans forcer, ou de ne plus prendre d'altitude. Des vertiges, une perte d'équilibre au point de ne plus tenir debout, ou des vomissements qui ne s'arrêtent pas sont des signes d'aggravation.

Repères sur la progression du mal des montagnes Forme légère Maux de tête, nausées, fatigue → Repos Signes d'aggravation Vertiges, vomissements persistants → Préparer descente Forme sévère : vital Essoufflement au repos, conscience → Descendre aussitôt
Fig. 2 : le mal des montagnes commencerait par de légers maux de tête et des nausées, pour évoluer, en s'aggravant, vers un essoufflement au repos et un état de conscience altéré. Plus le stade est avancé, plus il est jugé préférable de décider vite de descendre.

Alors, que faire ?

✅ Trois règles simples, à retenir même par un enfant
  1. Monter lentement en altitudeAu-delà de 2500 m surtout, il est recommandé de limiter le dénivelé grimpé par jour, pour laisser au corps le temps de s'acclimater.
  2. Ne pas monter davantage dès l'apparition de symptômesAu premier mal de tête ou à la première nausée, il faut s'arrêter et se reposer sur place. Continuer à monter en se disant « je suis venu jusqu'ici » est le comportement le plus dangereux.
  3. En cas d'aggravation, redescendre sans hésiterRedescendre en altitude serait la solution la plus sûre. En perdant de l'altitude, les symptômes s'atténuent dans la plupart des cas.
⚠ En cas de signes d'aggravation

Des vertiges empêchant de marcher, une conscience qui se trouble, un essoufflement même au repos : ces symptômes pourraient annoncer un état grave, potentiellement mortel. N'allez plus plus haut, et redescendez le plus vite possible vers une altitude plus basse.

Hésiter à redescendre parce qu'on se dit « le sommet est si proche » ou « je ne veux pas déranger le groupe » aggraverait souvent les conséquences. Ne pas retarder la décision de descendre est, avant tout, ce qui compte le plus.

Des traitements médicamenteux préventifs ou curatifs existent, mais leur usage dépend de la constitution et des antécédents médicaux de chacun. Il est recommandé d'en parler à un médecin au préalable. Évitez toute automédication.

En résumé

Si le mal des montagnes survient dès qu'on prend de l'altitude, c'est parce que deux mécanismes agissent en même temps : ① une raison physique, la baisse de pression qui raréfie l'air lui-même, et ② une raison physiologique, le temps qu'il faut au corps pour s'habituer à cet air raréfié. Plus l'ascension est rapide, plus l'écart entre les deux se creuse.

Ce n'est pas un manque d'oxygène en soi.
C'est une altitude prise trop vite, avant que le corps n'ait eu le temps de s'y faire.

Ce même phénomène de pression se manifeste aussi dans les oreilles, en avion ou en montagne. Voir aussi « Pourquoi les oreilles font-elles mal juste avant l'atterrissage ? ».

🧪 Une expérience simple : ressentir la pression avec un paquet de chips
  1. Emportez un paquet de chips fermé, tel quel, en montagne ou au sommet d'un immeuble élevé
  2. Observez le paquet se gonfler de plus en plus à mesure que l'altitude augmente

L'air enfermé dans le paquet ne change pas, mais la pression extérieure baisse : la pression intérieure devient relativement plus forte, et le paquet gonfle. C'est une façon concrète de ressentir le phénomène décrit plus haut : « la pression baisse avec l'altitude ».

Pour aller plus loin ― vocabulaire, formules, liens avec les manuels scolairesDu collège à l'université, le niveau de chaque partie est indiqué clairement
Comment lire les étiquettes ci-dessous
  • CollègeProgramme de sciences du collège
  • LycéeProgramme de « physique-chimie fondamentale » et « sciences de la Terre fondamentales » du lycée
  • Lycée +Mathématiques avancées et contenu complémentaire du lycée
  • UniversitéContenu non enseigné au lycée, relevant de disciplines universitaires spécialisées (physiologie, médecine de montagne)
  • RechercheSujets encore à l'étude, non enseignés comme « acquis » même à l'université

CollègeVocabulaire autour du mal des montagnes

LycéeVérifions par le calcul : de combien la pression baisse-t-elle avec l'altitude ?

La variation de la pression avec l'altitude peut s'estimer avec la formule d'approximation suivante.

① La formule elle-même

Pression ≒ Pression au niveau de la mer × exp(−altitude ÷ 8000)

PressionPression estimée à cette altitude [hPa]
Pression au niveau de la merPression estimée à l'altitude 0 m, environ 1013 hPa
AltitudeHauteur par rapport au niveau de la mer [m]
exp( ), 8000Symbole de la puissance de la base des logarithmes naturels (e), et hauteur approximative [m] à laquelle la pression est divisée par e

Plus l'altitude augmente, plus le nombre à l'intérieur de exp devient négatif, et plus la valeur de la pression diminue.

② Calculer d'abord la valeur de exp(−altitude÷8000)(coefficient d'approximation)
Coefficient au sommet du mont Fuji (3776 m)environ 0,62
Coefficient à 5000 menviron 0,535
Coefficient au sommet de l'Everest (8848 m)environ 0,331

※ La valeur de 8000 m est un repère d'approximation ; la pression réelle varie aussi selon la température et la météo.

③ Multiplier ce coefficient par la pression au niveau de la mer
Pression au sommet du mont Fuji1013 × 0,62 ≒ 628 hPa
Pression à 5000 m1013 × 0,535 ≒ 542 hPa
Pression au sommet de l'Everest1013 × 0,331 ≒ 335 hPa
④ Traduire ces chiffres en une image concrète
Pression au sommet du Fuji, en % du niveau de la mer(628 ÷ 1013) × 100 ≒ 62%
Pression au sommet de l'Everest, en % du niveau de la mer(335 ÷ 1013) × 100 ≒ 33%

Au sommet du mont Fuji, on respire donc un air dont la concentration équivaut à environ 62% de celle du niveau de la mer. Au sommet de l'Everest, c'est environ un tiers. C'est cette valeur qui explique pourquoi les bouteilles d'oxygène sont jugées indispensables sur les sommets comme l'Everest.

Lycée +Pourquoi « monter lentement » est-il efficace ?

Placé dans un environnement pauvre en oxygène, le corps commence par augmenter sa fréquence respiratoire pour compenser. En quelques jours, il augmente aussi le nombre de globules rouges chargés de transporter l'oxygène, et modifie certaines propriétés du sang, se rapprochant peu à peu d'un état capable de fonctionner avec un air raréfié. Cet ensemble de changements demanderait de quelques jours à une ou deux semaines. Si la vitesse d'ascension dépasse cette vitesse d'acclimatation, le corps n'arrive pas à suivre, et le déficit en oxygène persiste. « Monter lentement » est efficace précisément parce que cela laisse au corps le temps de s'acclimater.

UniversitéComment le corps réagit-il au manque d'oxygène ?

Quand la pression partielle d'oxygène baisse, le centre respiratoire est d'abord stimulé, ce qui augmente la fréquence et le volume de la respiration : c'est la « réponse ventilatoire à l'hypoxie ». Cette hyperventilation rend temporairement le sang plus alcalin, ce qui déclenche en parallèle une correction par les reins. Sur plusieurs jours, une sécrétion hormonale rénale accrue stimule aussi la production de globules rouges transporteurs d'oxygène. En cas d'aggravation, de l'eau peut s'accumuler dans les poumons ou le cerveau : un sujet plus spécialisé, relevant de la physiologie et de la médecine de montagne universitaires.

RechercheCe qui reste encore incertain

Liens avec les manuels scolaires (par niveau)

NiveauMatière / unitéPartie correspondante de l'article
CollègeSciences ・ pression atmosphérique, propriétés de l'airBases du lien entre altitude, pression et oxygène
LycéeSciences de la Terre fondamentales ・ structure de l'atmosphèreLe phénomène de baisse de pression avec l'altitude
Lycée +Mathématiques avancées ・ fonction exponentielleL'ensemble des calculs ①〜④
UniversitéPhysiologie ・ médecine de montagneRéponse ventilatoire à l'hypoxie, augmentation de la production de globules rouges
RechercheMédecine de montagne ・ sciences du sport (en cours d'étude)Prédiction des variations individuelles, recherche sur les médicaments préventifs, effets de l'entraînement en altitude
Prévention ・ éducation à la sécurité en plein airMonter lentement, s'arrêter dès les premiers symptômes, décision de redescendre
Sources et références
  1. Documents explicatifs de sociétés savantes et d'organismes spécialisés en médecine de montagne, portant sur les symptômes, la prévention et la prise en charge du mal des montagnes.
  2. Descriptions générales, dans des manuels de sciences de la Terre et de météorologie, de la répartition de la pression atmosphérique selon l'altitude (y compris les valeurs approchées de l'atmosphère standard internationale).
  3. Descriptions générales, dans des manuels de physiologie, de la réponse ventilatoire et de la production de globules rouges en environnement hypoxique.
  4. Documents de sensibilisation d'associations de randonnée et de collectivités locales, relatifs au mal des montagnes sur le mont Fuji.

※ Les valeurs de pression et d'altitude sont des estimations destinées à faciliter la compréhension du phénomène. Les valeurs réelles varient selon la température, la météo et les particularités locales.

※Cet article est une vulgarisation scientifique à destination du grand public. Pour toute décision liée à votre santé ou à la sécurité réelle en montagne, suivez les indications d'un médecin ou d'organismes spécialisés en randonnée. Les valeurs indiquées sont des estimations destinées à faciliter la compréhension du phénomène.